07/07/2007 -EXTRATERRESTRE: Roswell, "réecriture de l'histoire" des ovnis.

Extra-terrestres - Roswell, la "réécriture de

l'histoire" des ovnis

TF1-LCI Ovni

Roswell, la "réécriture de l'histoire" des ovnis

  • Interview - Pierre Lagrange, sociologue des sciences, revient sur "l'affaire Roswell", qui a éclaté il y a 60 ans aux Etats-Unis.

  • Une découverte de débris qui a occulté d'autres observations de soucoupes volantes.

 

 


 

          LCI.fr : Le 8 juillet 1947, "l'affaire Roswell" éclate. De quoi s'agit-il exactement ?

Pierre Lagrange (1) : Quelques temps auparavant, près de Roswell, au Nouveau-Mexique, William McBrazel, un fermier, découvre dans son champ des débris qui semblent être tombés du ciel. Lorsqu'il vient en ville à Roswell, il en parle au shérif qui lui conseille d'aller à la base militaire de Roswell, où sont stationnés des bombardiers chargés de transporter des bombes atomiques. Jesse Marcel, un officier de renseignements, collecte alors les débris. Ils sont vraiment tout petits et tiennent dans une boîte.

Dans un premier temps, l'Armée annonce dans une dépêche avoir découvert les restes d'une soucoupe volante avant de rectifier, dans une deuxième dépêche, en indiquant qu'ils doivent provenir d'un ballon sonde. L'histoire est alors complètement oubliée car en 1947, aux Etats-Unis des centaines d'affaires de soucoupes volantes se succèdent les unes aux autres pendant tout l'été.
 
LCI.fr : L'armée a donc contribué à semer le doute en évoquant une "soucoupe volante"...

P. L. : En 1947, ce terme n'a pas l'histoire qu'il a aujourd'hui et ne désigne pas un vaisseau extra-terrestre. A l'époque, on appelle "soucoupes volantes" des trucs vus dans le ciel, sans que cela soit précis. Le colonel Blanchard qui a donné l'ordre de rédiger la dépêche n'a pas réfléchi à la portée de ses propos. Et il ignore que dans la base voisinne d'Alamogordo on lance en secret des grappes de ballons dans le cadre d'un programme secret destiné à espionner les Soviétiques. Une fois les débris parvenus à la base de Fort Worth, on se rend compte de la méprise et on enterre l'histoire en évoquant un banal ballon sonde. 
 
LCI.fr : Quand recommence-t-on à parler de Roswell ?

"L'Armée reconnaît
avoir dissimulé
ses essais de
ballons sondes"

Pierre Lagrange

P. L. : Dans les années 80, quand Stanton Friedman et William Moore, deux ufologues, enquêtent sur le témoignage de Jesse Marcel. Après avoir fouillé les archives et interrogé des chercheurs, un autre ufologue, Robert Todd conclut que l'armée a voulu cacher ses essais de ballons espions. L'affaire enfle dans les années 90 avec la série X-Files et la fausse autopsie de l'extra-terrestre.

Saisi par ses concitoyens, le Sénateur du Nouveau-Mexique demande au G.A.O. (General Accounting Office), l'équivalent américain de la Cour des Comptes, de faire la transparence sur Roswell. L'Armée publie alors deux rapports, en 1994 et 1997, et reconnaît avoir voulu dissimulé ses essais de ballons sondes. Le problème, c'est qu'en 1997, la presse américaine titre sur le 50e anniversaire de Roswell. Du coup, cette affaire masque l'anniversaire des observations qui en 1947 ont véritablement lancé le débat sur les soucoupes volantes. On assiste alors à une sorte de réécriture de l'histoire.
 
LCI.fr : Dans quel sens ?

P. L. : Dans le sens où la première fois que l'on parle de soucoupe volante, ce n'est pas à Roswell le 8 juillet 1947, c'est à Pendleton, dans l'Oregon, le 24 juin 1947. Kenneth Arnold, un homme d'affaires, survole en avion le Mont Rainier, dans l'Etat de Washington. Il observe alors 9 engins bizarres, qui volent à deux fois la vitesse du son. Leur aspect est celui de galettes arrondies à l'avant et triangulaires à l'arrière. Ces appareils se déplacent par ricochet, comme une soucoupe que l'on aurait lancé sur l'eau.

Arnold pense qu'il s'agit de nouvelles armes secrètes de l'Armée. De retour au sol, il raconte son histoire à des amis pilotes puis au journal local, l'East Oregonian. Un journaliste rédige une dépêche mais il fait une erreur : il écrit que ces objets "ressemblent" à des soucoupes volantes au lieu d'écrire qu'ils se "déplacent" comme des soucoupes volantes. Et pendant tout l'été suivant, des gens vont alors rapporter des observations de "soucoupes volantes" (flying saucer) dans le ciel.

LCI.fr : L'accumulation d'observation va alimenter l'idée d'un complot visant à cacher l'existence des extra-terrestres, comme vous l'expliquez dans votre ouvrage...

P. L. : C'est devenu une grille de lecture dominante. Quand on parle de soucoupe volante, on parle moins des preuves que des secrets cachés. Certaines personnes soupçonnent un complot contre la connaissance, comme c'était le cas quand l'Eglise s'en est prise à Galilée. Curieusement, chez les rationalistes qui ne croient pas aux ovnis, on rencontre aussi une théorie du complot symétrique de celle des ufologues, mais qui consiste alors à croire que les médias font la promotion des soucoupes volantes pour abattre la science et le sens critique. Mais il est dans l'immense majorité des cas inutile d'imaginer une volonté qui nous imposerait nos croyances et plus simple de se rendre compte qu'il y a des tas de choses que collectivement nous refusons de voir : l'extrême pauvreté, le sida, le cancer...

Et il y a des choses auxquelles nous refusons de croire, des questions que nous avons tendance à traiter par le ridicule. Le 10 septembre 2001, qui aurait cru possibles les attentats du 11 septembre ? Pour les soucoupes volantes, c'est en partie la faute des scientifiques qui, en 1947, ont rejeté ce phénomène du domaine de la science pour le réduire à une "culture populaire". Or, pourquoi la science aurait-elle à rougir de questions posées par le public ? Cette question des soucoupes volantes a été l'occasion pour le public de se raccrocher au débat scientifique et cela peut être l'occasion pour les chercheurs de relancer une question scientifique sur le terrain public.
 
(1) Pierre Lagrange est sociologue des sciences et enseigne à l'Ecole des Mines. Il est l'auteur de nombreux ouvrages très sérieux et très documentés sur les "parasciences". Dans Ovnis, ce qu'ils ne veulent pas que vous sachiez, qui vient d'être publié aux Presses du Châtelet, il évoque les défenseurs et opposants de la théorie du complot sur l'existence d'extra-terrestres, à partir des archives militaires américaines et françaises.

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