Où se cache la vie dans l’Univers ?

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De passage à Montréal, l’astronome et organiste français Dominique Proust abordera la recherche de vie extraterrestre au Coeur des sciences de l’UQAM et l’harmonie des sphères au clavier de l’orgue de l’église Saint-Jean-Baptiste.

L’astronome français Dominique Proust se souvient de l’époque où il accomplissait son service militaire et qu’il avait entre les mains des dossiers de l’armée de l’air consacrés à des observations suspectes d’OVNIs qui étaient alors considérés «secret defense». «Tout ce qui touchait la recherche de la vie extraterrestre, que ce soit les formes les plus organisées au niveau scientifique ou les plus farfelues, était un sujet sulfureux, au même titre que lorsque Galilée soutenait l’hypothèse de Kepler d’un modèle héliocentrique face à l’autorité de l’Église», rappelle le chercheur, qui donnera ce soir au Coeur des sciences de l’UQAM et le 7 février à Québec une conférence sur l’exobiologie, le sujet de son dernier ouvrage de vulgarisation, Où sont les autres?.

Aujourd’hui, la recherche de vie extraterrestre n’est plus considérée comme saugrenue. Elle est même devenue une science à part entière, au point que l’Union astronomique internationale a créé une 51e commission consacrée à ce sujet. Cette science, appelée l’exobiologie, n’en est toutefois qu’à ses balbutiements, puisqu’elle vise pour le moment à repérer des planètes de la taille de la Terre sur lesquelles régneraient des conditions propices à l’émergence de la vie.

Mais les instruments dont disposent actuellement les astronomes ne permettent pas de détecter les planètes moins massives qu’Uranus, qui est 14 fois plus massive que la Terre. Pour le moment, ils permettent notamment de déceler les oscillations induites par l’attraction de Jupiter, la planète la plus massive du système solaire, qui provoque une oscillation de notre étoile d’environ 10 mètres par seconde, précise le chercheur, qui a passé 18 000 heures de sa vie derrière un télescope. La Terre, quant à elle, induit une oscillation de 10 centimètres par seconde qu’on est encore loin de percevoir.

L’astronome considère aussi l’utilisation des radiotélescopes mis à l’écoute des possibles messages en provenance d’autres civilisations comme une méthode tout à fait valable pour rechercher des signes de vie dans l’Univers. «Mais le problème est qu’il est difficile de savoir dans quelle bande de fréquences chercher un signal artificiel, compte tenu que tous les corps célestes émettent un rayonnement électromagnétique et la plupart à des longueurs d’onde différentes», dit-il.

Au 1er janvier 2009, les astronomes avaient identifié 334 planètes tournant autour d’autres étoiles dans un peu plus de 280 systèmes solaires. «Parmi ces 334 planètes, une bonne vingtaine sont à une distance telle de leur étoile mère que la température à leur surface est favorable à la présence d’eau liquide et de matière vivante. La prochaine étape consistera à essayer de détecter s’il y a une atmosphère, de l’eau et une méthanogénèse qui pourraient indiquer des traces d’une activité biologique», indique le chercheur en cosmologie à l’Observatoire de Paris-Meudon, qui prédit que les futurs instruments au sol — tels que celui qu’il construit en collaboration avec l’Université de Montréal et qui sera monté sur le télescope NTT (New Technology Telescope) du Chili — et dans l’espace, ainsi que les futures missions spatiales comme Darwin, devraient permettre de détecter des milliers de planètes de la taille de la Terre sur lesquelles on peut espérer trouver des traces de vie.

Émergence de la vie

«Arriver à la vie n’est pas un processus très original puisque le vivant est composé d’éléments qu’on trouve en grande quantité dans l’Univers», lance le chercheur. En effet, l’hydrogène représente plus de 98 % de la matière dans l’Univers. L’oxygène est l’élément le plus abondant dans l’Univers après l’hydrogène et l’hélium. Puis vient le carbone, qui constitue 1 % de l’Univers. Or la chimie du vivant, la chimie organique, est la synthèse de ces éléments. Le vivant est constitué de carbone et d’oxygène dans des assemblages savants. Et l’eau, qui est essentielle pour que le vivant puisse apparaître, est formée d’oxygène et d’hydrogène. La formation de la vie est donc possible partout dans l’Univers, fait-il remarquer.

Il pourrait même y avoir des formes de vie plus évoluées que la nôtre, affirme sans hésitation le scientifique. «Mais il y aura sûrement une constante. On a imaginé du vivant très différent de notre structure. Or, s’il y a du vivant ailleurs, il utilisera les mêmes combinaisons d’éléments. L’atome de carbone peut se polymériser facilement et former près de 130 molécules différentes, allant des alcools aux acides, en passant par les sucres (riboses), qui serviront à la synthèse de l’ADN et qu’on retrouve dans les nuages moléculaires entre les étoiles. Il y a une synthèse moléculaire qui se fait dans l’espace malgré la sévérité des conditions intersidérales. Et si, sur certaines planètes, les conditions deviennent davantage propices, cela favorisera le développement de la vie.»

Conférences-concerts

Dominique Proust est également organiste et à ce titre, il présentera à l’église Saint-Jean-Baptiste, rue Rachel à Montréal, deux conférences-concerts intitulées L’harmonie des sphères. «De Pythagore à nos jours, la musique et l’astronomie ont suivi des chemins parallèles. Pythagore voyait une harmonie somptueuse dans le mouvement des planètes auxquelles il associait une note. [...] Or, cette dualité entre l’astronomie et la musique fut un guide qui a mené à mieux comprendre l’organisation de l’Univers.» Ainsi, l’astronome allemand Johann Elert Bode a établi au XIXe siècle l’existence d’une concordance entre la série des harmoniques des sons musicaux et la distribution des planètes par rapport au Soleil. «Sauf qu’il y avait une harmonique qui ne correspondait à rien entre Mars et Jupiter, souligne le musicien-astronome. C’est en recherchant une planète dans cette zone-là qu’on a mis en évidence la ceinture des astéroïdes. La conception harmonique du système solaire a ainsi abouti à la découverte des astéroïdes. [...] Il sera intéressant de savoir si les systèmes extrasolaires qu’on découvre maintenant obéissent à la même distribution.»

Dominique Proust l’organiste interprétera entre autres une passacaille de Buxtehude qui reproduit la structure du cycle lunaire et quelques pièces de William Herschel (1738-1822), un compositeur allemand émigré en Angleterre et surtout connu pour sa brillante carrière d’astronome, qui l’a conduit à découvrir notamment la planète Uranus et le rayonnement infrarouge.

article : Pauline Gravel

source : Le Devoir

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