15/02/2009 - ROSWELL - Le nouveau scénario du crash, dans le livre Le Crash de Roswell de Gildas Bourdais (SUITE)

La mise en scène de Fort Worth, mardi-soir 8 juillet

 

Le général à la retraite Thomas DuBose a clairement dit, dans un « affidavit» signé en 1991,

qu'ils avaient reçu l'ordre du Pentagone (le général McMullen), au quartier général de la 8eme armée aérienne à Fort Worth, de mettre en scène un cover-up et de tout oublier ensuite.

Le mardi en fin de matinée a lieu un vol de B-29 (Dave's Dream) à Fort Worth, avec à son bord le Major Marcel et d'autres officiers. Marcel a pour mission d'apporter personnellement au général Ramey un nouveau lot de débris ramassés sur le ranch Foster. Equipage très galonné, selon le sergent-chef (Ms Sgt) Robert Porter, qui était à bord comme mécanicien de vol. A sa tête, le Lieutenant-colonel Payne Jennings, adjoint du colonel Blanchard (selon l'affidavit de Porter). Porter a eu en main des paquets de vrais débris, d'une surprenante légèreté. A Roswell, le lieutenant Robert Shirkey a assisté à leur départ.

Arrivé à Fort Worth, le commandant Marcel montre quelques débris au général Ramey, dans son bureau. Celui-ci l'emmène dans la salle des cartes pour qu'il lui montre le lieu précis du crash. Au retour dans son bureau, les débris ne sont plus là.

Pendant ce temps, le colonel DuBose, adjoint de Ramey, réceptionne des débris de ballon météo et de cible radar très abîmés, livrés sans doute par un autre avion car il n'a pas vu Marcel, et va les étaler lui-même dans le bureau de Ramey. Pour lui, ce ne sont que des débris bons à jeter, selon ses entretiens avec des enquêteurs.

Avant même l'arrivée des vrais et faux débris, le général Ramey, répondant à des journalistes, commence déjà à dire, en début d'après-midi, que c'est une confusion avec un ballon. Il annonce aux journalistes que le vol prévu vers la base de Wright Field (Ohio), pour examen des débris, est annulé. Mais un télex du FBI, à 16 h17 CST (qui sera rendu public sur demande FOIA), indique que non.

La célèbre conférence de presse au ballon météo a lieu vers 16 h 30 (CST).

Le reporter photographe John Bond Johnson prend en photo Ramey et DuBose devant les débris étalés, qui seront publiées le lendemain. D'autres photos sont prises de Marcel, également devant des débris de ballon.

L'adjudant Irving Newton, responsable météo convoqué au bureau de Ramey, identifie immédiatement ballon et cible radar, et est congédié. Sur ordre de Ramey, Marcel a assisté à la séance sans rien dire, contrairement à ce que racontera plus tard Newton, devenu un important témoin pour la thèse militaire des ballons.

Le lendemain, le démenti de Fort Worth est publié en première page dans tous les journaux, et l'incident est clos pour trente ans. Mais à Roswell, et ailleurs, les opérations continuent.

Le démenti à Roswell

 

 

A Roswell, en début d'après-midi, de nombreux appels continuent à arriver de partout, mais le colonel Blanchard est injoignable. On dit qu'il est parti en congé ! En fait il est allé visiter les sites, selon le lieutenant-colonel Joe Briley. Les jours suivants, Blanchard se serait fait installer un bureau provisoire, à l'écart sur la base.

Le mardi après-midi, arrivée à Roswell des journalistes Robin Adair et Jason Kellahin, de l'Associatd Press. Témoignages contradictoires : Adair, venant d'El Paso par avion sur ordre urgent de l'AP à Washington, survole deux sites par avion. Des militaires en armes leur font signe de s'écarter. On montre à Kellahin, venu en voiture d'Albuquerque, des débris de ballons, près de la route 285. C'est manifestement une petite mise en scène arrangée spécialement pour lui.

Nouvel entretien de Brazel le soir, aux deux journaux et aux deux radios, cette fois sous escorte militaire (témoignage de Paul McEvoy, éditeur du Record). Maintenant, Brazel dit qu'il a trouvé des débris de ballon le 14 juin, au lieu de début juillet. Sa femme Margaret, sa fille Bessie et son fils Vernon étaient avec lui. Brazel raconte maintenant qu'il avait trouvé en fait 5 livres de ballons. Mais alors, pourquoi s'est-il donné la peine de faire le voyage à Roswell ?

Photo de Brazel par Adair, publiée le lendemain avec son témoignage modifié et le démenti de Fort Worth (article « Harassed rancher »…).

Plusieurs témoins voient Brazel déambuler dans les rues de Roswell sous escorte militaire: Floyd Proctor, Lyman Strickland, Leonard « Pete » Porter, Bill Jenkins, et L. D. Sparks. Brazel semble ne pas les voir.

Second entretien de Brazel avec le journaliste Frank Joyce. Joyce lui fait remarquer qu'il a changé son histoire. Commentaire final de Brazel, très mal à l'aise, au moment de partir : « ils ne sont pas verts ! » Brazel est ensuite gardé près d'une semaine à la base, dans la maison d'hôtes (témoignages de sa famille et de ses voisins).

Cependant, des vols spéciaux, non programmés, commencent à arriver à Roswell : de Washington DC, de White Sands (Alamogordo AFB), de Fort Bliss (près d'El Paso), et de Kirtland AFB. On fait venir des équipes de nettoyage en renfort, depuis Fort Bliss et Alamogordo.

Revenons maintenant au film des événements sur les sites et sur l'acheminement des débris, de l'ovni et des cadavres à Roswell, précisé par de nouveaux témoins.

 

Le mardi 8 matin, séance photo sur le deuxième site

 

A Washington, le Pentagone, alerté par Roswell et Fort Worth sur la découverte des deux sites, a décidé dès le lundi d'expédier par avion à Roswell une équipe de photographes : le sergent Frederick Benthal et le caporal Al Kirkpatrick, de la Anacostia Naval Air Station à Washington (Benthal avait photographié les tests atomiques de Bikini en 1946). Cet épisode de la séance photographique a été raconté aux enquêteurs par Benthal lui-même, en 1993.

Décollage de Washington vers 10 h, vol en B-25, arrivée à Roswell le lundi soir vers 17 h (MT). Au petit matin, Benthal et Kirkpatrick sont conduits sur le deuxième site. Ils doivent revêtir des tenues de protection. Ils voient des tentes, gardées par des hommes en armes, ainsi qu'un camion frigorifique. Kirkpatrick est envoyé sur un autre site : sans doute le champ de débris, que l'on est en train de boucler. Benthal voit s'affairer un certain nombre de soldats et d'officiers, dont deux commandants dont il ne connait pas les noms : sans doute les Majors Darden et Easley. Benthal doit faire des photos des cadavres, au flash sous la tente, où sont alignés des petits corps sur une toile en caoutchouc. Il remarque une odeur de désinfectant (formaldéhyde).

Les deux photographes sont ramenés le jour même à la base de Roswell. Caméras et films confisqués. Retour le lendemain-matin à Washington, debriefing par le lieutenant-colonel Bibbey, et interdiction de parler. Peu de temps après, Benthal va être envoyé en mission en Antarctique !

Transport des cadavres à la base

Après la séance photo sous la tente, les cadavres du deuxième site sont transportés à la base, sans doute en fin de matinée. Nous connaissons déjà un témoin probable de cette opération : le sergent Melvin Brown (selon sa fille Beverly Bean). Ils sont d'abord installés dans le grand hangar P-3 (qui existe encore aujourd'hui, sous le nom de hangar 84), puis une équipe est chargée de les transporter à l'hôpital de la base.

Voici un nouveau témoignage important, celui du soldat Elias « Eli » Benjamin qui, selon Tom Carey et Donald Schmitt, s'est décidé à parler en 2005. Jusque là, il n'osait pas, de peur de perdre sa pension de retraite militaire.

Finalement, il a parlé publiquement pour la première fois, à l'âge de quatre-vingts ans, lors d'une émission de la chaîne câblée SciFi, qui a été diffusée en novembre 2006 aux Etats-Unis (en 2008 en France).

Eli Benjamin avec Richard Dolan et Lisa van Camp, au hangar P-3 (SciFi Channel)

Un matin de juillet, Eli Benjamin vient de terminer une garde de nuit, quand il reçoit l'ordre de rester en alerte pour une mission spéciale. Il remarque une activité importante et inhabituelle autour de quartier général de la base : c'est sans doute la fameuse réunion du mardi-matin. Dans l'après-midi, il reçoit l'ordre d'aller au hangar P-3. Lorsqu'il arrive au hangar, il découvre que l'officier qui lui avait dit de prendre ce poste est en proie à une grande agitation, et est contraint au silence par des MP : Il a craqué en voyant les cadavres dans le hangar ! Ceux-ci sont disposés sur des lits à roulettes (gurneys), trois ou quatre, croit-il se rappeler, et recouverts de draps. Benjamin est alors chargé, par un autre officier arrivé sur les lieux, d'escorter le transport de ces corps à l'hôpital de la base, dans une ambulance. Selon Benjamin, l'un d'eux semble se mouvoir. Le drap a glissé et il a aperçu un visage grisâtre, une large tête sans cheveux qui n'était pas humaine. Devant la caméra de SciFi Channel, Benjamin imite le mouvement de sa tête se penchant sur le côté, comme s'il était mourant.

Lorsque Benjamin arrive à l'hôpital, plusieurs médecins, et des officiers, sont là, attendant les corps. Ils enlèvent les draps, ce qui permet à Benjamin de les apercevoir furtivement. Il remarque que les médecins sont comme fascinés, immobiles, autour des cadavres. De mémoire, Benjamin fait la description d'un petit corps, avec une grosse tête en forme d'œuf, des yeux allongés, une bouche mince comme une fente, et deux trous à la place du nez.

La tête de l'alien selon Eli Benjamin (dessin de Don Schmitt)

Benjamin remarque aussi une très forte odeur de cadavres décomposés. Or cette odeur ne provient pas des corps qu'il vient d'acheminer. Ce détail suggère que les cadavres très abîmés du troisième site étaient déjà là, et semble confirmer le récit qu'une infirmière aurait fait à Glenn Dennis d'une tentative d'autopsie à laquelle elle aurait dû participer.

Un nouveau témoignage à l'hôpital

A l'hôpital, Miriam « Andrea » Bush, âgée de vingt-sept ans, était la secrétaire de l'administrateur de l'hôpital, le lieutenant-colonel Harold Warne. Selon son frère George et sa sœur Jean, elle est revenue un soir en état de choc. Elle a fini par dire qu'il y avait à l'hôpital du personnel médical qu'elle ne connaissait pas. Warne l'avait emmenée dans une pièce d'examen où elle avait vu plusieurs corps, petits comme des enfants. L'un d'eux était vivant. Leur peau était grisâtre ou tirant vers le brun, et ils avaient une grande tête et de grands yeux. Le lendemain, elle a déclaré que personne ne devait plus rien dire sur cette histoire. La famille a eu l'impression qu'elle avait été sévèrement menacée. Selon eux, l'événement l'avait tellement perturbée qu'il a gâché sa vie. Elle est morte en 1989 dans des circonstances suspectes, avec des traces de coups sur les bras, mais il a été conclu au suicide, en s'étouffant avec un sac en plastique noué autour de sa tête… Sa belle-sœur Pat Bush a témoigné publiquement (la vidéo a été publiée sur le site SciFi). Elle ne croit pas du tout au suicide, et est convaincue que Miriam avait été menacée.

Pat Bush, belle-sœur de Miriam Bush (SciFi Channel)

Rappelons le témoignage de l'ancien employé de pompes funèbres Glenn Dennis. Il a raconté qu'il avait été appelé par la base pour savoir s'ils disposaient de petits cercueils, hermétiques, et comment faire pour embaumer des corps. Il aurait ensuite rencontré une infirmière à l'hôpital qui lui dit avoir participé à une séance d'autopsie, interrompue à cause de l'odeur insupportable des cadavres. Son témoignage est aujourd'hui mis en doute car il a caché le nom de l'infirmière en donnant de faux noms, mais il l'aurait fait pour la protéger. L'avenir dira peut-être si ce témoignage est quand même véridique.

Les corps sont ensuite amenés dans une chambre froide, située à mi-chemin entre le hangar et l'hôpital (ceci a été confirmé récemment à Carey et Schmitt par une personne qui y a travaillé dans les années 90, et a entendu parler de l'événement de 1947). Puis, ils sont ramenés dans le hangar P3 pour la nuit, où l'on a préparé un local à cet effet, et où l'on a fabriqué des caisses spéciales en bois pour leur transport le lendemain. Il s'agit là des corps du deuxième site, ramenés à Roswell en début d'après-midi. Les corps très abîmés du troisième site sont traités à part, comme on va le voir plus loin.

 

Mardi-soir : préparatifs pour le transport des corps du deuxième site.

 

Il y a plusieurs témoignages crédibles de soldats qui ont dû garder le hangar P-3 pendant la nuit de mardi à mercredi, et préparer des caisses pour le transport le lendemain. Certains soldats sont postés pour garder le hangar la nuit. Certains ont vu les cadavres. Parmi eux, le sergent Melvin Brown (selon sa fille Beverly Bean) est l'un des plus anciens témoins connus.

Il y a aussi le soldat Francis Cassidy qui a dit à sa femme, Sarah Mounce, qu'il avait vu les corps à l'intérieur. Autre témoin : selon sa veuve Wanda Lida, le caporal Robert J. Lida lui a dit qu'il avait gardé le hangar et observé à l'intérieur l'épave et de petits corps, que l'on préparait pour être expédiés. Ce sont encore le sergent Robert Smith et d'autres membres de la First Air Transport Unit (1st ATU) qui ont participé aux préparatifs.

Le lendemain, probablement, a eu lieu le chargement et le transport de ces corps, directement vers la base de Wright Field, à bord d'un quadrimoteur C-54 (Douglas DC-4 en version civile). Cet avion a été piloté par le capitaine Olivier « Pappy » Henderson (selon les témoignages de sa veuve Sapho Henderson, et de sa fille Mary Kathryn Groode).

 

Chargement et transport des cadavres du troisième site

 

Les cadavres du troisième site, que l'on a rapidement renoncé à autopsier à l'hôpital à cause de leur odeur très forte, sont entreposés pour la nuit dans une tente, placée à l'extrémité de la base, le plus à l'écart possible des bâtiments, et non loin des puits de chargement (« bomb pits ») des bombardiers B-29 pour les bombes atomiques, en vue de leur transport dès le lendemain-matin. Les encombrants cadavres, à évacuer au plus vite, ont peut-être transité eux aussi par la chambre froide, où on les a mis dans de la glace et dans des housses étanches, puis on les a installés dans une grande caisse en bois. Au cours de la nuit, cette caisse est placée dans le puits de chargement No 1, et est chargée dans la soute du B-29 « Straight Flush ».

Deux soldats ont raconté comment ils avaient gardé l'avion pendant qu'on le chargeait sur le bomb pit. L'un d'eux a décrit comment le puits avait été entouré de deux toiles pour empêcher quiconque de voir à l'intérieur. Il avait dû monter la garde en aveugle entre les deux toiles (ces témoignages, qui se recoupent bien, sont détaillés dans Le Crash de Roswell).

Le compte-rendu le plus intéressant, peut-être, sur le chargement du B-29 est celui de du capitaine Meyers Wahnee, selon sa fille Blanche Wahnee. Son père avait révélé à sa famille que l'incident de Roswell était véridique, dans la dernière année de sa vie. Officier de sécurité de haut niveau, il était venu à Roswell par avion de Fort Simmons, au Colorado, pour superviser le transport d'un « élément top secret », de Roswell à Fort Worth par un vol spécial de B-29. L'élément était une unique, grande caisse en bois, que Wahnee devait accompagner comme garde de sécurité dans le puits de chargement. Il dit qu'il contenait les corps d'aliens trouvés près de Roswell. Comme plusieurs autres témoins dans le livre, il a précisé qu'il y avait trois sites de crash.

Nous allons voir comment toute une série de témoins, dont certains sont nouveaux, ont décrit ce transport des corps par B-29 le lendemain mercredi, vers le quartier général de Fort Worth, au Texas. Mais, pour respecter la chronologie, plaçons d'abord ici l'épisode du transport de l'ovni à la base, le mardi après-midi, pour lequel il y a aussi de nouveaux témoins.

Chargement et transport à Roswell de l'ovni du deuxième site

Le mardi 8, pendant qu'est mis en scène à Fort Worth le démenti public au ballon, les opérations de récupération continuent sur les sites et sur la base de Roswell. Dès 5 h du matin, le sergent Earl Fulford voit son ami, le sergent George Houck, quitter la base au volant d'un camion avec une longue remorque. L'après-midi, vers 16 h, alors qu'il quitte son travail, il le voit revenir avec un chargement bâché sur la remorque, qui semble avoir la forme d'une Wolkswagen. Fulford lui a demandé ce qu'il transportait, mais Houck a toujours refusé de lui en parler.

L'ancien sergent Earl Fulford, invité à CNN

Le soldat Rolland Menagh a participé au chargement de l'ovni sur un camion remorque à 18 roues, recouvert d'une bâche. Il a escorté en Jeep le retour du convoi à Roswell, où l'engin a été déposé dans un hangar. Des témoins, en ville, voient passer le camion 18 roues, bâché, sous escorte armée. Ces divers témoignages indiquent bien que l'appareil a été rapatrié au hangar P-3 en fin d'après-midi.

C'est sans doute le lendemain mercredi que le capitaine Sheridan Cavitt est allé visiter le deuxième site, accompagné de son assistant, le sergent-chef Lewis Rickett. Celui-ci a raconté la visite, à trois quarts d'heure de route au nord de Roswell. Il n'a pas vu l'ovni, mais il y avait encore quelques débris au sol. Il en a ramassé un qui était légèrement incurvé et très léger, mais impossible à plier.

Un témoin surprenant : le gouverneur adjoint Montoya.

Il faut signaler ici un épisode curieux, mais qui semble confirmé selon les enquêteurs, après de nombreux entretiens avec des témoins. Ce serait la visite sur la base du jeune gouverneur adjoint du Nouveau-Mexique, Joseph Montoya, un Américain « hispanique ». Celui-ci aurait vu les cadavres, qui venaient d'être transportés dans le grand hangar P-3. Kevin Randle et Donald Schmitt en avaient déjà parlé dans leur second livre, paru en 1994. Tom Carey et Donald Schmitt ont repris et développé cet épisode étonnant dans leur livre de 2007, sur la base d'une série d'entretiens qu'ils ont réussi à avoir avec des témoins, proches de Montoya, notamment Ruben Anaya, qui avaient été impliqués dans l'incident. Cet épisode pose quand même quelques questions qui sont discutées dans Le crash de Roswell).

Selon Ruben Anaya, le gouverneur adjoint Montoya était allé au hangar P-3 pour serrer la main à de jeunes soutiens politiques (les « montoyistas »). Il se trouve qu'il est entré dans le hangar juste après que des véhicules militaires y avaient apporté les cadavres et un premier chargement de débris, que des techniciens et des médecins commençaient juste à examiner.

Il pouvait difficilement tomber plus mal, et il fut littéralement saisi de panique. C'est alors qu'il a appelé Ruben Anaya pour venir d'urgence le sortir de là en voiture. Anaya était bien connu à la base et a pu y entrer sans difficulté, puis en ressortir avec Montoya, celui-ci en état de choc. Après avoir absorbé des remontants chez les deux frères Anaya, il a pu leur raconter ce qu'il avait vu : des corps allongés sur des tables « qui n'étaient pas humains ! ». L'un d'eux était encore vivant car il l'a entendu gémir. Incidemment, il y a une scène analogue, fameuse, dans le film Roswell (avec l'acteur Martin Sheen), dont le directeur exécutif Paul Davids connait très bien les enquêtes sur Roswell, et a préfacé le livre de Carey et Schmitt.

Selon Montoya, les « petits hommes » furent embarqués vers l'hôpital juste avant qu'il quitte le hangar. C'est compatible avec le témoignage d'Eli Benjamin qui avait dû opérer ce transfert, sans doute dans l'après-midi. D'autre part, Montoya n'avait pas vu l'appareil dans le hangar, seulement des débris. C'est compatible également les témoignages, déjà cités, selon lesquels l'appareil aurait été acheminé à la base en fin d'après-midi.

Incidemment, c'est alors que le colonel Blanchard, revenu à la base après sa visite du terrain, aurait fait une visite au hangar, flanqué de son fidèle lieutenant Haut, lequel a eu ainsi l'occasion de voir, brièvement, l'engin et des cadavres.

On voit que les divers témoignages s'enchaînent et s'emboîtent, tels les morceaux d'un puzzle compliqué, de manière plausible.

 

Mercredi 9 et jours suivants

 

Le deuxième vol de B-29 vers Fort Worth

 

C'est le mercredi 9 juillet, vers 16 h, que décolle le bombardier B-29 Straight Flush, avec la grande caisse en soute, en direction du quartier-général de Fort Worth, au Texas. L'appareil est piloté par le capitaine Frederick Ewing, et c'est un vol sous haute protection, avec des gardes armés dans la soute : le vol aller se fait à basse altitude (4 à 5 000 pieds, soit 1 300 à 1 600 m), alors que le retour à Roswell se fera à l'altitude de vol normale (25 000 pieds, soit 8 300 m, la cabine étant pressurisée). Le Major Marcel est sur le vol de retour. Le plus ancien témoignage recueilli par les enquêteurs est celui du sergent Robert Slusher, membre de l'équipage, qui l'a décrit avec précision dans son affidavit du 23 mai 1993. D'autres témoins plus récents, membres eux aussi de l'équipage, sont le sergent Arthur Osepchook et le soldat Lloyd Thompson.

L'ancien sergent Robert Slusher (SciFi Channel)

 

Les récits des deux autres témoins de ce vol, le sergent Arthur Osepchook et le soldat Lloyd Thompson, corroborent bien celui de Robert Slusher, avec quelques détails révélateurs sur la nature exceptionnelle de ce transport de haute sécurité. Le sergent Osepchook était certain, comme les autres hommes, qu'il y avait quelque chose de très important dans cette caisse. Un aspect intéressant de son témoignage est qu'ils ils furent « débriefés » à leur retour à Roswell. On leur dit qu'il n'existait pas de « soucoupes volantes », et qu'il n'y avait pas eu de crash de l'une d'elles. Encore une fois, que de précautions pour une grappe de ballons ! Autre détail : Lloyd Thompson se souvient qu'avait participé au vol un médecin de la base, qu'il a reconnu car l'avait soigné la semaine précédente. Bizarre aussi, ce médecin embarqué pour un simple aller et retour à Fort Worth...

A l'arrivée à Fort Worth, un groupe de gens attendait l'avion sur le tarmac. L'équipage a entendu dans l'intercom le lieutenant Felix Martucci dire qu'il reconnaissait parmi eux un ancien camarade d'école, devenu entrepreneur de pompes funèbres (mortician), mais le capitaine Ewing lui a ordonné aussitôt de se taire ! Au retour à Roswell, le même Martucci a sans doute gaffé une seconde fois en s'exclamant : « Les gars, nous venons de faire l'histoire ! » (« Boys, we just made history ! »). Incidemment, Tom Carey et Donald Schmitt racontent qu'ils ont réussi à joindre Martucci au téléphone mais que, dès qu'ils ont abordé ce vol « historique », il a répliqué immédiatement qu'il ne savait rien et leur a raccroché au nez. Ils ont bien essayé de le rappeler un peu plus tard, mais il avait changé de numéro. Il n'est pas inconcevable qu'il ait écopé d'un sérieux avertissement à l'époque.

 

Transports de débris par plusieurs avions C-54, les jours suivants

 

Nous retrouvons ici le sergent Earl Fulford qui raconte qu'il a été réveillé à 2 h du matin (vraisemblablement dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10) et a reçu l'ordre d'aller au hangar P-3. Il était aussi opérateur de chariot élévateur, et c'est pourquoi on l'avait ainsi mobilisé. C'est aussi, peut-être, parce qu'il avait une habilitation au niveau « top-secret » : on préférait utiliser des hommes de confiance, et en nombre limité autant que possible. Il a dû charger une caisse en bois, de 7 pieds carrés, dans un avion C-54. Elle pouvait être manipulée comme si ce qu'il y avait dedans était très léger.

Il y a eu d'autres chargements et d'autres vols : selon Robert Smith (affidavit), il y a eu trois ou quatre vols de quadrimoteurs C-54. Il confirme un vol vers la base de Wright par le capitaine Henderson (il a vu son équipage), déjà évoqué plus haut. Selon ses proches, celui-ci avait transporté des corps, probablement ceux du deuxième site. Ces transports ont eu, selon les témoins, plusieurs destinations : White Sands, et Kirtland, puis Los Alamos par la route. Cette destination de Los Alamos a été révélée par un cousin de Robert Smith, membre des services secrets, Raymond de Vinney. L'envoi de débris pour étude à White Sands et à Los Alamos est logique. Ce sont des centres de recherche avancée de l'époque, pour les fusées et les bombes atomiques. Selon certains, des personnalités éminentes, comme Robert Oppenheimer pour le nucléaire, Von Braun pour l'espace, auraient été consultées. On a parlé aussi d'un transport à Washington : selon les témoignages du lieutenant-colonel Joe Briley et du sergent Lewis Rickett, un avion venu de Washington le mardi 8, avec à son bord du personnel du contre-espionnage (CIC, Counterintelligence Corps), était reparti le jour même avec un chargement de débris.

 

Le nettoyage des sites au cours des jours suivants

 

Au cours de jours suivants, les militaires de Roswell, aidés de renforts venus d'autres bases, notamment de Fort Bliss, situé plus au sud, près du Mexique, ont procédé à un ratissage à fond des sites. Le sergent Earl Fulford a aussi raconté que, le mercredi 9, il « avait été porté volontaire » pour faire partie d'une équipe de quinze à vingt hommes qui furent conduits sur le champ de débris de Brazel pour finir de nettoyer le site. On les avait dotés de sacs de toile et on leur avait ordonné de ramasser tout ce qui « n'était pas naturel ». Il a décrit une zone qui s'étendait sur des centaines de mètres et qui était, comme l'ont dit d'autres témoins, encerclée par des MP. Manifestement, le terrain avait déjà été nettoyé, car il ne restait pas grand chose, et l'on pouvait voir des traces de pneus de gros camions qui avaient dû servir à embarquer des choses. Il a trouvé seulement sept morceaux, et il a décrit, comme tant d'autres témoins, des feuilles « à mémoire de forme » (« memory foil ») qui reprenaient leur forme initiale après avoir été pliées.

Rappelons ici l'inspection, en septembre, de la région de Roswell par le professeur Lincoln LaPaz, assisté de Lewis Rickett, (voir le chapitre 2 du livre). LaPaz découvre une zone de terrain vitrifiée, à 5 milles au nord-ouest du champ de débris. Il confirmera plus tard à Rickett son opinion qu'il y a eu chute d'un engin extraterrestre. Il y aurait eu ainsi quatre sites plus ou moins alignés, du nord-ouest au sud-est : la zone vitrifiée (premier impact au sol ?) ; le champ de débris 5 milles plus loin (explosion d'une coque externe ?), le site des cadavres à 2 milles et demi du champ (une capsule de sauvetage ?) ; le site d'impact avec ovni et autres cadavres, à environ 20 milles plus loin.

Que s'est-il vraiment passé à Roswell ? Risquons ici un commentaire prudent sur toute l'affaire : nous sommes confrontés, manifestement, à une histoire complexe. En dépit de tous les témoignages accumulés, on voit qu'il y a encore des zones d'ombre et des inconnues. Mais ce n'est pas une raison pour tout mettre en doute. Beaucoup de pièces du puzzle sont déjà bien assemblées.

 

Témoins menacés, habitants surveillés

 

Les militaires ont également procédé la récupération du moindre débris ramassé par les habitants. Les maisons sont fouillées, saccagées, et les habitants sont menacés, même les enfants, selon le témoignage du photographe de Roswell, Jack Rodden. L'un des éleveurs de la région lui a raconté que ses trois enfants étaient rentrés de promenade très traumatisés, et avaient refusé de dire ce qu'ils avaient vu. Rodden a ensuite appris qu'ils en avaient vu trop, et que les militaires les avaient menacés et effrayés. D'autres parents ont raconté la même chose.

A Roswell même, Nous connaissons déjà le témoignage des filles du pompier Dan Dwyer, Frankie Rowe et Helen Cahill, sur des menaces de mort faites à leur famille. Nous connaissons aussi celui de Barbara Dugger, la petite fille du shérif George Wilcox, à qui sa grand-mère Inez avait révélé, peu de temps avant sa mort, les menaces de mort faites à son mari et à elle-même. Or, le cas du shérif fut peut-être encore pire, si l'on en croit les frères Anaya, évoqués plus haut comme témoins de l'expérience traumatisante de Joseph Montoya. Ils avaient eu la visite du shérif Wilcox, qui avait mission de mettre en garde et menacer les témoins. Ainsi, Wilcox aurait été forcé par les militaires de jouer ce pénible rôle, avant d'être menacé à son tour ! Ceci explique pourquoi cette histoire l'avait moralement brisé, selon les confidences d'Inez Wilcox à Barbara Dugger, et aussi l'un de ses adjoints, au point qu'il avait renoncé à sa carrière de shérif.

 

Les jours suivants, au ranch Foster

 

Les deux fils de Brazel, Bill et Paul, ont vu sa photo et le démenti dans les journaux. Comprenant que leur père a des problèmes, Ils accourent au ranch pour s'occuper des bêtes, chevaux et moutons. Paul, rancher au Texas, arrive le premier, mais les militaires sont encore là et il est refoulé, à plusieurs reprises. Il refusera totalement de témoigner par la suite. Le second, Bill, qui vit à Albuquerque, arrive juste après leur départ, avec sa femme Shirley, et ils peuvent s'occuper des bêtes. Brazel, à son retour, amer et humilié, refusera de parler à ses proches. Cependant, selon des témoins, il va avoir de quoi quitter le ranch et s'établir peu après à son compte.

Les habitants de la région ont continué à être surveillés et à être visités pendant des années. De fait, quelques-uns avaient gardé des débris. Bill Brazel va raconter, à Corona en 1949, qu'il a récolté quelques débris. Peu après, il a la visite d'un certain capitaine Armstrong, accompagné de trois soldats, qui demande et obtient les débris. Ils fouillent la maison et la mettent sans dessus-dessous.

Selon un rancher de la région, L. D. Sparks, juste quelques années après l'incident, un voisin de Brazel, Dan Richards, lui avait montré un morceau de feuille métallique. Il l'avait jeté en l'air et ils avaient tiré dessus, mais sans arriver à l'endommager. On pouvait la replier mais elle reprenait ensuite sa forme originale : encore un témoin des feuilles infroissables, à mémoire de forme ! On verra, au chapitre 2 du Crash de Roswell, comment Brazel lui-même avait fait un jour cet exercice avec des amis chasseurs.

Malgré cet effort considérable des militaires pour récupérer tous les débris qui avaient pu être ramassés sur le ranch Foster et aux alentours (certains débris, les plus légers, avaient sans doute été dispersés à la ronde par le vent), il n'est pas impossible que des habitants aient réussi à en conserver quelques-uns. Tom Carey a dit à l'émission de CNN, Larry King Live du 4 juillet 2008, qu'il avait peut-être une piste pour en retrouver un !

 

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Publié sur http://bourdais.blogspot.com/

 

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