15/02/2009 - ROSWELL - Le nouveau scénario du crash, dans le livre Le Crash de Roswell de Gildas Bourdais

Le crash de Roswell

 

Le nouveau scénario du crash,

dans le livre Le Crash de Roswell

Gildas Bourdais, février 2009

 

 

Où en est-on, au début de 2009, dans les enquêtes sur le crash de Roswell ? Depuis la parution en 2004 de mon livre Roswell. Enquêtes, secret et désinformation, le dossier s'est enrichi de nouveaux témoignages qui permettent de cerner de plus près le déroulement de l'événement, au cours des premiers jours de juillet 1947. Une étape importante dans cette voie a été le livre de Tom Carey et Donald Schmitt, Witness to Roswell, paru en juin 2007, auquel s'ajoutent d'autres sources, notamment les livres de Kevin Randle et du Dr Marcel Jr. Carey et Schmitt ont proposé dans leur livre un nouveau film des événements (« time line »), qui représente un gros progrès par rapport aux ouvrages précédents, mais qui comporte encore, à mon avis, quelques difficultés. J'en ai discuté avec les auteurs, et je leur ai suggéré de légères modifications, tenant mieux compte des témoignages. Donald Schmitt a fini par me dire, en septembre 2008, son accord sur mes suggestions. C'est ce scénario remanié que j'ai retenu dans la nouvelle édition de mon livre, publié en février 2009 sous le titre Le crash de Roswell. Enquête inédite (JMG, Le Temps Présent).

Livre le crash de Roswell

 

Ce scénario est développé principalement dans le chapitre VI : « Nouveaux témoins et scénario révisé ». Il intègre de nombreux témoignages, anciens et nouveaux, comme les pièces d'un puzzle dont l'image générale apparaît de mieux en mieux. Je pense qu'il va surprendre plus d'un lecteur, tellement il a gagné en précision. En voici un bref résumé.

 

Mercredi 2, ou Jeudi 3 juillet 1947, au soir

 

Orage violent dans la soirée du mercredi 2, ou du jeudi 3 juillet (le débat reste ouvert sur la date exacte). Le fermier William « Mack » Brazel, éleveur de moutons au ranch Foster (situé à environ 65 milles au nord-ouest de la ville de Roswell à vol d'oiseau), entend une forte explosion, différente du tonnerre.

 

Jeudi 3 ou Vendredi 4 juillet

 

Découverte du champ de débris, et de plusieurs cadavres près de celui-ci

 

Le matin du jeudi 3 ou du vendredi 4 juillet, Brazel, en conduisant son troupeau de moutons, découvre le champ de débris à quelques milles de sa maison, en compagnie de Timothy « Dee » Proctor, un fils des voisins Proctor, âgé de sept ans, qui l'accompagne souvent à cheval.

Puis il découvre aussi, toujours avec Timothy, un site avec des cadavres, à 2 milles et demi à l'est du champ de débris. Ils sont abîmés et sentent très mauvais. Les témoignages sur cette découverte sont indirects et, pour cette raison, elle a été laissée longtemps de côté par les enquêteurs. Ce sont : Loretta Proctor, la mère de Dee ; Sydney « Jack » Wright, qui était un camarade de Dee ; le journaliste Frank Joyce auquel Brazel en a parlé au téléphone dès le dimanche 6 à Roswell. Sydney, fils d'un employé du ranch Richards (situé au sud du ranch Foster), a témoigné en 1998 qu'il avait vu lui aussi ces cadavres, en présence de Mack Brazel. Selon lui, Brazel était très impressionné par cette découverte.

Appelons ce site « le troisième site » pour bien le distinguer du « deuxième site, plus proche de Roswell, où ont été découverts un ovni et des cadavres.

 

La photo de Brazel par Robin Adair le 8 juillet à Roswell

 

Dee Proctor et des camarades retournent sur les deux sites du ranch Foster, à l'insu de Brazel, et y ramassent des débris. Ce sont Sydney « Jack » Wright, deux fils du rancher Thomas Edington, et l'une des filles du rancher Truman Pierce. Il semble qu'il y ait eu d'autres visiteurs, dès le vendredi (ou le jeudi ?), car des débris auraient même circulé au rodéo du vendredi 4 juillet (jour de fête nationale), à Capitan, bourgade située à une heure de route au sud-ouest du ranch Foster. Pour cette raison, il paraît plausible que le crash ait eu lieu dès le mercredi-soir 2 juillet.

Brazel rend visite à ses voisins les plus proches, Floyd et Loretta Proctor dont le ranch est à 10 milles du sien, et leur montre des débris. Brazel, habituellement calme et réservé, est très excité par sa découverte. Il leur propose d'aller voir le site. Sur le moment, les Proctor ne veulent pas se déplacer, mais Floyd ira plus tard voir le terrain et y ramassera des débris, qui seront ensuite récupérés par l'armée. D'autres voisins viennent voir le champ de débris : Budd Eppers, Truman Pierce, Glaze Sacra. Les parents de Danny Boswell, qui ont un ranch à 25 milles à l'est, viennent voir aussi. Tous ramassent des débris, qui seront ensuite récupérés, sans ménagement, par l'armée.

Brazel se demande comment nettoyer le champ de débris, que les moutons refusent de traverser. Le samedi 5 juillet, Il va à la petite ville de Corona, située à 32 milles à l'ouest du ranch. Il y montre des débris à son oncle Hollis Wilson, aux patrons du Wades's Bar, et à l'épicerie, la General Store. Voulant résoudre son problème, il montre également des débris à son ami policier Robert Scroggins, qui lui conseille d'aller voir les militaires à Roswell.

Un point à souligner, important pour comprendre le déroulement de cette histoire, est que, dès le début du week-end, pas mal de gens des environs sont au courant des débris étranges, et en ont ramassé. De plus, personne n'a identifié des ballons météo, et cibles radar montées sur baguettes de balsa, matériels banals qu'ils connaissaient bien, mais qui constituent encore aujourd'hui l'explication de l'armée de l'Air américaine.

 

Dimanche 6 juillet

 

Le fermier Mack Brazel vient à Roswell avec quelques débris. Les routes ne sont pas toutes goudronnées - il y a même une vingtaines de milles de chemin de terre - et le trajet, d'une centaine de milles au total, dure trois heures avec sa vieille voiture. Il montre ces débris au shérif George Wilcox, qui appelle aussitôt la RAAF (Roswell Army Air Force), la base des bombardiers B-29 située juste au sud de la ville. Des officiers viennent rapidement, examinent les débris et retournent à la base avec Brazel.

Auparavant, Wilcox a passé Brazel au téléphone au jeune journaliste Frank Joyce, de la radio locale KGFL, qui se trouve venir aux nouvelles à ce moment-là. Premier entretien de Brazel avec Joyce, qui lui révèle avec émotion avoir découvert des corps étranges : « Ils ne sont pas humains ! » (« They are not human ! »). Joyce finira par révéler cet entretien en mai 1998.

Franck Joyce en 1998

Dès le dimanche-soir, Brazel repart au ranch Foster avec le commandant (Major) Jesse Marcel, responsable de la sécurité de la base, et le capitaine Sheridan Cavitt, responsable du contre-espionnage, sur ordre du colonel William Blanchard. Celui-ci informe aussitôt de la découverte sa hiérarchie, sur la base de Carswell, près de Fort Worth au Texas, laquelle informe à son tour le Pentagone à Washington. C'est à Fort Worth que se trouve le quartier général de la 8ème Armée aérienne, dirigée par le général Roger Ramey, et son adjoint, le colonel Thomas DuBose.

A Fort Worth, le colonel DuBose reçoit l'ordre du général de division aérienne (Major General) Clements McMullen, commandant adjoint du Strategic Air Command, d'envoyer immédiatement à Washington des débris, dans un sac scellé. C'est le premier vol Roswell – Fort Worth, avec le lot de débris apportés par Brazel, dès le dimanche-soir.

Le colonel DuBose supervise à Fort Worth le transfert sous sac scellé pour livraison d'urgence à Washington, confié au colonel Al Clark, commandant de la base de Carswell.

Un premier lot de débris est donc examiné au Pentagone dès le matin du lundi 7, ce qui va provoquer une série de réactions en haut lieu.

 

Lundi 7 juillet

 

Marcel et Cavitt au champ de débris

 

Le commandant Marcel et le capitaine Cavitt inspectent le champ de débris toute la journée, et ils retournent le soir à Roswell.

Marcel est resté plus longtemps sur le site, et passe chez lui très tard en revenant. Il montre des débris à sa femme Viaud et à son fils, Jesse Marcel Jr., alors âgé de onze ans et demi. Celui-ci va devenir, quarante ans plus tard, un témoin direct important sur les débris.

En août 2007, la chaîne SciFi a révélé un nouveau témoin sur cet épisode : l'ancien lieutenant Jack Trowbridge, qui était membre du service de renseignement de Marcel. Il raconte qu'il jouait au bridge avec des collègues quand Marcel est revenu du ranch Foster, et leur a montré des débris. Remarquons que ce nouveau témoignage n'est pas tout à fait cohérent avec ceux des Marcel, père et fils. Le Major Marcel a dit, et son fils l'a confirmé, qu'il avait réveillé sa femme et son fils à une ou deux heures du matin pour leur montrer des débris, étalés dans la cuisine. Mais il ne leur a peut-être pas dit qu'il était passé d'abord les montrer à ses collègues et amis.

Pendant ce temps, dans la journée du lundi, Walt Whitmore Sr, patron de la radio KGFL à Roswell, alerté par son journaliste Frank Joyce, envoie quelqu'un chercher Brazel sur son ranch, le reçoit chez lui et enregistre son témoignage avec l'intention de le diffuser le lendemain. Il l'héberge pour la nuit, selon le témoignage du propre fils de Whitmore.

 

Le troisième site, avec des cadavres, près du champ de débris

 

Sur le troisième site, situé à deux milles et demi à l'est du champ de débris, se trouvent deux ou trois cadavres, très abîmés, en voie de décomposition et sentant très mauvais. Il est très probable que le fermier Brazel a montré également à Marcel et Cavitt ce site proche avec cadavres abîmés, étant donné qu'il en avait déjà parlé la veille au journaliste Frank Joyce. Ce n'est pas une certitude, cependant, car son propre fils, le Dr Jesse Marcel Jr, en doute. Il me l'a dit encore en juillet 2007 lors d'un dîner à Roswell : son père ne lui en avait jamais parlé. Mais il y a d'autres témoins, proches du Major Marcel qui l'ont confirmé. Le sergent Herschel Grice, membre de l'équipe de Marcel en 1947, a dit que Marcel lui avait même décrit leur apparence physique, avec des visages blancs, d'aspect « caoutchouteux » (« white, rubbery figures »). C'est également Sue Marcel Methane, de la famille Marcel, qui avait recueilli cette confidence de Marcel peu avant sa mort. Il lui avait décrit des visages blancs et « poudreux » white powdery figures »).

Pour sa part, Marcel a fait comprendre plusieurs fois aux enquêteurs qu'il n'avait pas tout dit (interview de Linda Corley en 1982 ; interview à la radio KOAT en 1985, un an avant sa mort). Ce qu'il a toujours dit, en revanche, c'est que le capitaine Sheridan Cavitt était retourné avant lui à la base, alors qu'il était resté plus tard pour continuer à étudier le champ de débris. Ainsi, il semble évident que Cavitt a alerté le colonel Blanchard dès son retour le lundi-soir, sur leur double découverte extraordinaire, du champ de débris et des cadavres non loin de là.

Il semble plausible, en tenant compte, on va le voir, d'autres témoignages sur la base, qu'il ait été décidé d'aller chercher ces cadavres au plus vite et de les rapporter à la base le soir même, malgré le risque sanitaire que cela impliquait. Le premier souci était déjà à ce moment-là, sans doute, d'imposer le secret sur cette extraordinaire découverte. Il était trop tard, ce lundi-soir, pour prendre le contrôle du vaste champ de débris, mais il était possible de retourner sur le terrain avec une petite équipe, guidée par Cavitt, pour récupérer d'urgence les cadavres. Plusieurs témoignages semblent le confirmer, notamment celui-ci, recueilli par Carey et Schmitt : le sergent LeRoy Wallace, de la police militaire, est appelé un soir pour aller à un site de crash aux environs de Corona, « pour aider à charger des corps ». Selon sa veuve, lorsqu'il est revenu le lendemain-matin, ses vêtements étaient imprégnés d'une odeur épouvantable, et elle les a brûlés. C'est aussi suggéré indirectement par le nouveau témoignage d'Eli Benjamin, que nous allons voir plus loin.

Selon ce scénario, les deux ou trois cadavres du troisième site, très abîmés, sont transportés à la base, dans des sacs hermétiques et dans un véhicule frigorifique. Ils sont déposés à l'hôpital, et ils font l'objet d'un premier examen le soir même. En effet, selon la veuve d'un chirurgien de l'hôpital, qui vivait sur la base, le colonel Blanchard avait appelé son mari pour une affaire urgente, vers 23 h 30. Il s'était absenté pendant une heure et demie et ne lui en avait jamais rien dit ensuite. Il est plausible qu'un premier examen ait été fait ce soir-là, mais c'est le lendemain-matin, mardi 8 juillet, qu'aurait eu lieu une première autopsie à l'hôpital de la base.

 

La découverte du deuxième site, plus près de Roswell : ovni, cadavres, et un survivant !

Le lundi-matin, une équipe d'archéologues découvre le deuxième site du crash, avec l'ovni, plus près de Roswell, à environ 40 milles au nord de Roswell et 5 milles à l'ouest de la route 285. Il faut environ trois quarts d'heures pour y aller par la route depuis Roswell.

Ce n'est pas exactement le lieu qui avait été indiqué par Franck Kaufmann au début des années 90, témoin aujourd'hui discrédité. Selon les témoignages nouveaux recueillis par Tom Carey et Donald Schmitt, il est un juste peu plus au nord. Incidemment, ce site est à seulement 15 ou 20 milles à vol d'oiseau au sud-est du champ de débris. Tom Carey, lorsque je l'ai rencontré à Roswell en juillet 2007, m'a pointé le lieu exact sur une carte détaillée, mais c'est un détail qui reste confidentiel pour protéger ce terrain privé.

L'équipe d'archéologues découvre un petit engin de forme ovoïde, trois cadavres et un survivant ! L'un d'eux signale leur découverte par téléphone, en allant au hameau de Mesa sur la route 285 (soit une marche de cinq à six milles pour y arriver) Ils préviennent le shérif et les pompiers de Roswell. Ceux-ci arrivent rapidement, suivis de peu par les militaires, qui prennent aussitôt contrôle du site. Cet épisode est en fait l'un des premiers à avoir été révélés, de toute l'histoire de Roswell, mais on croyait à l'époque que le site était dans la plaine de San Agustin, à l'ouest de la vallée du Rio Grande ! Les principaux témoins (voir au chapitre V de mon livre Le crash de Roswell) sont le Dr Bertrand Schultz, le Dr Curry Holden, qui dirigeait l'équipe archéologique, Mary Ann Gardner, et Frankie Rowe, fille du pompier Dan Dwyer.

Nouveaux témoins militaires, sur le deuxième site, avec l'ovni :

Plusieurs témoins militaires importants, permettant de préciser le film des événements, ont été révélés en 2007, notamment dans le livre de Tom Carey et Donald Schmitt, et dans des émissions de télévision comme celles de CNN (Larry King Live) et SciFi Channel (Voir Le crash de Roswell).

Le sergent Homer Rowlette faisait partie du 603ème escadron d'Ingénierie de l'Air (Air Engineering Squadron). Son fils Larry et sa fille Carlene Green (vidéos sur le site SciFi) ont dit ce qu'il leur avait révélé sur son lit de mort en mars 1988. Il avait fait partie de l'équipe de nettoyage déployée sur le site au nord de Roswell. Il avait eu en main l'une de ces feuilles controversées « à mémoire de forme » décrites par beaucoup. Plus important encore, il avait vu l'appareil, qu'il a décrit comme étant de forme « à peu près circulaire », et a dit qu'il avait vu « trois petits êtres » avec de larges têtes. Au moins l'un d'eux était vivant.

Le sergent Homer Rowlette (RAAF Yearbook)

 

Carlene Green, fille de Homer Rowlette (SciFi Channel)

 

Le soldat de 1ère classe (PFC) Roland Menagh était un autre MP (police militaire) sur le site, selon ses fils Michael et Roland Jr. Il leur a décrit un appareil en forme d'œuf et sans traces de soudure. Michael se souvient qu'il avait aussi décrit trois cadavres. Son père leur a dit qu'ils avaient chargé l'appareil sur un camion à 18 roues et recouvert d'une bâche (le lendemain mardi, épisode que nous allons voir plus loin). Il l'avait escorté avec une jeep, à travers la ville et jusqu'à la base, où l'épave avait été déposée dans un hangar.

Lundi-soir, et nuit du lundi 7 au mardi 8 juillet

Les militaires sont probablement arrivés assez tard sur le deuxième site, plus proche de Roswell. Il a fallu un certain temps pour qu'un membre de l'équipe d'archéologues aille à pied jusqu'au hameau de Mesa sur la route 285, pour téléphoner au shérif de Roswell. Il a fallu également du temps pour que le shérif, les pompiers, puis les militaires, envoient des équipes sur le terrain. Mais le site était plus petit que celui du ranch Foster avec son vaste champ de débris, et ils ont été en mesure de le boucler rapidement, le soir même. Ainsi, contrairement aux cadavres du ranch Foster, non gardés, qu'il fallait récupérer au plus vite en dépit de risque sanitaire, il a pu être décidé de garder les cadavres sur le site, au moins pour la nuit, à l'abri d'une tente, bien gardée par des soldats armés.

Deux témoignages au moins indiquent cela, de soldats qui ont été chargés de garder cette tente. Selon des membres de leurs familles, le soldat Ed Sain et le caporal Raymond Van Why furent emmenés sur le site dans une ambulance, le soir du 7 juillet, pour garder une tente où se trouvaient les cadavres, et reçurent l'ordre de tirer sur toute personne qui essaierait d'entrer. Par contre, s'il y avait bien un survivant sur le deuxième site, ils ne le virent pas. Il semble très probable qu'il fut ramené le jour même à la base, sans doute à l'hôpital. Deux témoins indépendants l'auraient même vu entrer, en marchant, à l'hôpital.

Il faut dire ici que Tom Carey et Donald Schmitt ont supposé, dans leur livre de 2007, que cet épisode de la tente avait eu lieu, non pas sur le deuxième site proche de Roswell, mais sur le troisième site, au ranch Foster. Or cette option est contredite par le fait que ces deux soldats, chargés de garder la tente, ont dit qu'ils avaient vu l'ovni, qui était sur le deuxième site, plus proche de Roswell. De plus ils ont dit que le trajet n'avait guère duré plus d'une demi-heure sur la route, avant de s'enfoncer dans la « cambrousse » (« into the boondocks »). Cette durée du trajet correspond bien à l'emplacement du deuxième site. Dans un message qu'il m'a adressé en septembre 2008, Donald Schmitt m'a dit son accord à ce sujet.

Le caporal Raymond Van Why (RAAF Yearbook)

 

Donnons quelques précisions sur ces deux témoins importants. Selon Carey et Schmitt, en 1947, le soldat Ed Sain faisait partie du 390eme Air Service Squadron (ASS), lui-même rattaché au 509eme Groupe de bombardement, l'unique groupe de bombardiers atomiques de l'époque, basé à Roswell. Cet « escadron », dirigé par le Major Richard Darden, était chargé spécialement de garder les bombardiers B-29 du 509eme groupe. C'était une mission de confiance, et les soldats de l'ASS avaient une habilitation au niveau « top secret », plus élevée que celle de la police militaire, la 1395eme compagnie, dirigée par le Major Edwin Easley. C'est à celle-ci qu'appartenait l'autre témoin, le caporal Raymond Van Why. Selon Ed Sain, interviewé par Carey et Schmitt, les deux commandants Darden et Easley étaient déjà sur ce deuxième site de la plus haute importance, lorsqu'ils sont arrivés. Les deux soldats reçurent des provisions pour garder la tente la nuit, avec ordre de tirer sur toute personne essayant d'y entrer… Heureusement, personne ne se montra. Ils furent relevés avant même la fin de la nuit, et ramenés la base. Carey et Schmitt ont pu aussi s'entretenir avec le fils de Sain, Steven, qui lui a précisé que son père avait mis trente ans pour se décider à en parler, à lui et à son frère : « Il leur dit qu'il avait prêté serment de secret et qu'il craignait pour sa vie s'il disait quoi que ce soit… Il ne voulait regarder aucune émission, ni lire aucun livre sur Roswell. Ce n'est que récemment qu'il a commencé à en parler ». Il a aussi évoqué l'appareil, qui était « la chose la plus étrange qu'il avait vue de sa vie ».

Raymond van Why est décédé en 2001 à l'âge de 76 ans. Selon sa veuve Leola, il était très peu bavard sur les neuf années et demie qu'il avait passées dans l'armée. Il avait notamment gardé le B-29 Enola Gay (le bombardier d'Hiroshima). Lorsqu'il a quitté l'armée, il a jeté tous ses papiers militaires. Selon elle, il a parlé pour la première fois en 1954, en lisant un article de magazine sur un crash supposé d'ovni. « J'ai vu cela ! » s'est-il écrié. Il lui a raconté qu'il avait dû garder un site dans le désert, à Roswell, là où un engin spatial s'était écrasé. « Mon mari m'a dit que c'était bien un ovni qui s'était écrasé, que c'était un disque rond ». Comment le sais-tu ? lui avait-elle demandé. « Parce que j'étais là et que je l'ai vu ! ».

 

Mardi 8 juillet

 

Le briefing du colonel Blanchard, et le communiqué de presse

Avant d'en venir à un autre épisode important, celui du transport à la base de Roswell de tout ce qui a été découvert – ovni, cadavres, débris, sur les trois sites - pour lequel de nouveaux témoins sont apparus également, il faut placer ici, chronologiquement, le briefing du colonel Blanchard, très tôt dès le mardi-matin, moment crucial où toute la suite des opérations va être décidée, certainement en liaison avec la hiérarchie militaire. Cet épisode, que l'on croyait bien connaître, a été fortement secoué par le témoignage posthume de Walter Haut, selon lequel le général Ramey et son adjoint le colonel DuBose étaient venus de Fort Worth pour y participer (voir le texte intégral de son affidavit dans Le crash de Roswell).

Le commandant Marcel et le capitaine Cavitt informent le colonel Blanchard, dès 6 h du matin, de ce qu'ils ont trouvé sur le ranch Foster (et sans doute dès la veille au soir pour Cavitt). Blanchard convoque son briefing hebdomadaire plus tôt que d'habitude, à 7 h 30. Il y fait le point de la situation sur les différents sites, avec plusieurs responsables de la base. Des débris rapportés par Marcel et Cavitt, qui participent eux aussi à la réunion, sont examinés.

Le lieutenant Walter Haut y assiste aussi en tant que responsable de la communication

Dès la publication de l'affidavit de Walter Haut, dans le livre de Carey et Schmitt, un point a été débattu : la présence du général Ramey et du colonel DuBose à ce briefing. Sont-ils venus dès la veille au soir de Fort Worth (situé à 600 km, à une heure et demie de vol) ? C'est plausible, étant donné que toute la hiérarchie était déjà en alerte. Rappelons les signes d'agitation dans les hautes sphères militaires et politiques à Washington (évoqués au premier chapitre de mon livre Le Crash de Roswell). Si c'est bien le cas, Ramey et DuBose ont dû repartir dans la matinée de mardi pour Fort Worth, où ils ont « joué » la mise en scène au ballon météo pour la presse en fin d'après-midi.

 

Le communiqué de presse

Dans la matinée, le colonel Blanchard dicte au lieutenant Walter Haut le célèbre communiqué de presse annonçant la découverte d'un « disque volant ». Haut le diffuse vers midi aux deux journaux et aux deux radios de Roswell. L'annonce est aussitôt diffusée à la radio, et déclenche une tempête médiatique de portée internationale.

Pourquoi le colonel Blanchard, officier d'élite promis à une brillante carrière (il deviendra général à quatre étoiles), a-t-il ordonné de publier ce communiqué étonnant ? Comme me l'a souligné Walter Haut quand je l'ai rencontré en 1995, il ne l'a sûrement pas décidé tout seul. Ce communiqué a donc fait partie d'un plan d'action décidé au sommet. L'explication qui me semble la plus plausible est que cela a été décidé, dans la matinée, pour parer au risque de ne pouvoir garder totalement le secret, alors qu'il y a trois sites sur le terrain dont seul le deuxième est sous contrôle à ce moment-là. On s'aperçoit que la nouvelle du crash commence à se répandre dans la région. On dissuade la diffusion l'interview de Brazel à la radio KGFL, et on bloque l'annonce du journaliste John McBoyle à la radio KAOT d'Albuquerque (selon le témoignage de Lydia Sleppy), mais un dérapage médiatique reste possible, et dans ce cas le communiqué permettra de faire bonne figure. L'essentiel est de cacher la découverte principale, celle de l'ovni sur le deuxième site. Si les militaires arrivent à boucler les trois sites et à tout bien contrôler sur le terrain, ils pourront revenir en arrière et démentir le communiqué. C'est exactement ce qui a été fait, le soir même, à Fort Worth, dans le bureau du général Ramey.

 

Bouclage et nettoyage du champ de débris

 

Dès le début de la matinée, le colonel Blanchard envoie une équipe de 50 à 60 hommes pour boucler, puis nettoyer le vaste champ de débris au ranch Foster.

Le mardi-matin, le directeur de la radio KGFL Walt Whitmore a amené à la base le fermier Brazel, qui avait passé la nuit chez lui. C'est sans doute Brazel qui va conduire les militaires pour aller sur le ranch et prendre le contrôle des lieux. Selon certains, il aurait été emmené dans un avion d'observation pour les guider plus rapidement.

Le commandant Edwin Easley, chef de la police militaire, et le commandant Richard Darden, commandant adjoint de la base et chef de l'unité d'élite pour la garde des bombardiers atomiques, dirigent les opérations, sur les trois sites. Des MP de la 1395eme compagnie (dirigée par Ealsey) sont postés le long de la route 285 (au nord de Roswell) jusqu'au hameau de Ramon. Plusieurs témoins indépendants les ont remarqués, notamment William Woody et son père.

Des témoins civils ont observé de loin le bouclage du champ de débris. Trinidad « Trini » Chavez, fils d'un employé du ranch Richards (au sud du ranch Foster), a observé le travail des soldats sur le champ de débris, avec des camarades, à distance depuis une colline. Il était trop tard pour s'approcher et ramasser des débris, mais il a appris ensuite que son père en avait déjà ramassé. Le jeune Charlie Schmid, qui habitait au nord de la ville, a eu vent de l'événement. Il a enfourché sa moto et a réussi à s'approcher du champ du débris. Il a eu juste le temps de regarder quelques pièces métalliques, avec des inscriptions étranges. Mais, en entendant des véhicules militaires arriver, il a préféré s'éclipser, comprenant qu'il était tombé sur une affaire très secrète.

Le début de marche –arrière à Roswell

 

Dès mardi-matin, on l'a dit, la radio KGFL est fortement dissuadée de diffuser l'interview de Brazel, par deux coups de téléphone, depuis Washington. Ainsi, tout est déjà dirigé d'en haut. C'est le codirecteur de la station à l'époque, George « Jud » Roberts, qui l'affirme : il a été appelé par le bureau du sénateur du Nouveau-Mexique Dennis Chavez, et par T. J. Slowie, secrétaire exécutif de la FCC (Federal Communications Commission). Celui-ci lui a fait comprendre que, s'il diffusait l'enregistrement de Brazel, sa radio risquait de perdre sa licence dans les trois jours !

John McBoyle, directeur de la station de la radio de Roswell KSWS, appelle Lydia Sleppy à Albuquerque (elle est le premier témoin dont a eu connaissance Stanton Friedman dans les années 70), et lui annonce la découverte de l'ovni. Mais l'entretien tourne court, et il lui dit d'oublier cet appel. La transmission à Los Angeles est arrêtée par un télex du FBI sur sa machine Télétype.

Dès le mardi-midi, l'armée a complètement bouclé les trois sites, et pense contrôler enfin la situation. Elle peut alors commencer à faire marche-arrière par rapport au communiqué de presse du matin. Sur le bouclage du site des débris, rappelons l'un des plus anciens témoins retrouvés par les enquêteurs. Budd Payne, éleveur des environs, avait voulu pénétrer sur le ranch de Brazel, à la recherche d'une bête égarée, mais il avait été arrêté par un garde armé. Il arrivait par l'ouest, ce qui veut dire que le ranch était déjà bouclé dans sa totalité. Que de précautions pour quelques kilos de ballons météo !

En début d'après-midi, quelques tentatives sont faites par les militaires de Roswell pour arrêter la diffusion du communiqué de presse. On va encore récupérer des copies le 9 juillet, à Roswell, Albuquerque et Santa Fé. Cependant, dès le mardi-matin, la rumeur de la découverte s'est déjà répandue à Roswell. Le communiqué de midi est publié par le Roswell Daily Record dans l'après-midi, ainsi que d'autres journaux du Centre et de l'Ouest des Etats-Unis (par exemple le San Francisco Chronicle). Les journaux de la côte Est publieront directement le démenti du soir, le lendemain 9 juillet. Rappelons également ici cette mise en scène à Fort Worth, avant de présenter les nouveaux témoignages, très importants, sur la récupération de l'ovni et des cadavres du deuxième site.

 

La mise en scène de Fort Worth, mardi-soir 8 juillet

 

Le général à la retraite Thomas DuBose a clairement dit, dans un « affidavit» signé en 1991,

qu'ils avaient reçu l'ordre du Pentagone (le général McMullen), au quartier général de la 8eme armée aérienne à Fort Worth, de mettre en scène un cover-up et de tout oub

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