Le visage de MARS

LE VISAGE DE MARS

 

Le 25 juillet 1976, au cours de sa 35ème orbite, l'orbiteur Viking 1 survole vers 41° de latitude nord la fine bande de terrain qui sépare les hauts plateaux cratérisés de l'hémisphère sud des terrains bas et lisses de l'hémisphère nord. Dans ce secteur, connu sous le nom de Cydonia Mensae, la surface est disloquée en un grand nombre de collines, de buttes et de plateaux.

L'objectif de l'orbiteur était de certifier le site d'atterrissage de l'atterrisseur Viking 2. Si les scientifiques et les ingénieurs avaient bien sélectionné à l'avance des sites d'atterrissage pour les engins de la mission Viking, les orbiteurs devaient les certifier avant que les atterrisseurs n'entament leur descente vers la surface martienne. Cette précaution a largement contribué au succès de la mission, puisque les deux sites principaux choisis pour les atterrisseurs Viking 1 et Viking 2 se sont révélés au final bien trop accidentés.

Parmi les centaines d'images recueillies, l'une d'elles (le cliché 35 A 72, d'une résolution de 47 mètres/pixel) attire assez vite l'attention : on peut y voir une butte qui ressemble étrangement à un visage humain. Le scientifique Tobias Owen, alors membre de l'équipe chargée du traitement des images, se serait écrié "Oh mon dieu, regardez-moi ça !" en découvrant le visage sur la photographie de l'orbiteur Viking. L'image est suffisamment intéressante pour que le Jet Propulsion Laboratory (JPL) la rende publique au cours d'une conférence de presse le 31 juillet 1976. Pour les scientifiques, il ne s'agit que d'un caprice de la nature, une colline ayant pris une apparence humaine sous un jeu d'ombre et de lumière (le cliché a été pris aux alentours de 18h00 heure locale : le soleil était alors à 20° au-dessus de l'horizon et les ombres étaient déjà très allongées). L'image est présentée comme un exemple des formes familières auxquelles les planétologues sont parfois confrontés lorsqu'ils examinent les clichés de la surface des planètes du système solaire. Le visage a valeur d'anecdote et pour les scientifiques qui commentent l'image, il est impensable d'y voir autre chose qu'une amusante illusion d'optique.

Un évènement troublant et regrettable, qui va jouer par la suite en défaveur de la NASA, va avoir lieu au cours de cette conférence. Selon une rumeur persistante, Gerald Soffen (l'un des principaux scientifiques de la mission Viking) aurait confirmé la nature illusoire du visage en évoquant un deuxième cliché pris quelques heures plus tard, et sur lequel la formation humanoïde aurait tout bonnement disparu. Or il se trouve que ce fameux cliché n'existe pas, et pour une bonne raison : quelques heures après l'acquisition de la première photographie (prise, comme nous l'avons vu, à 6 heures du soir), le secteur de Cydonia était plongé dans la nuit ! Intentionnelle ou non, cette maladresse va apporter de l'eau au moulin des paranoïaques qui accuseront plus tard la NASA de dissimulation.

Avec l'explication de la NASA, le visage de Mars va tomber dans l'oubli, un simple jeu d'ombre et de lumière ne pouvant rivaliser avec les données que les orbiteurs et les atterrisseurs Viking transmettent chaque jour aux scientifiques émerveillés. Il faudra attendre trois ans avant qu'il ne soit redécouvert par hasard.

Vincent DiPietro, un ingénieur électricien, fait connaissance pour la première fois avec le visage dans un magazine "d'archéologie extraterrestre". A ce moment, il n'y prête guère d'attention. C'est seulement deux années et demi plus tard, alors qu'il fouille dans les archives photographiques du centre Goddard de la NASA dans le Maryland, que sa curiosité s'éveille. A nouveau confronté avec ce visage parfaitement dessiné, DiPietro trouve que l'explication officielle des scientifiques est finalement aussi décevante que peu convaincante. Un ami et collègue de DiPietro, Gregory Molenaar, est lui aussi frappé par le visage, à tel point qu'il propose à DiPietro de se livrer à une recherche privée.

Pour cela, les deux compères soumettent le fameux cliché 35 A 72 à différentes techniques de traitement d'image, dans le but de nettoyer la photographie et d'en extraire le maximum d'information. Devant le manque de résultats obtenus avec les techniques standards, ils conçoivent un programme informatique spécialement adapté à leur investigation, SPIT (Starburst Pixel Interleaving Technique). Sous l'écran de l'ordinateur, tandis que les ombres s'effacent et que de nouveaux contours se dessinent, le visage devient de plus en plus symétrique, et de moins en moins naturel.

Tout en étudiant le visage, DiPietro et Molenaar décident également de jeter un oeil sur les terrains alentours, au cas ou d'autres structures du même type feraient leur apparition. Inconsciemment sans doute, ils savent ce qu'ils veulent trouver et ils n'ont pas à chercher bien longtemps. Ils sont rapidement récompensés par la découverte au sud-ouest du visage d'une pyramide à cinq faces sur l'image 70 A 13 (43 mètres/pixel), prise 35 jours après le premier cliché du visage, le 30 août 1976. La formation est baptisée très modestement "D & M Pyramid".

En 1981, pour répondre à l'indifférence de la NASA, DiPietro et Molenaar publient leurs investigations à compte d'auteur dans un ouvrage intitulé "Unusual Mars Surface Features" (éléments insolites à la surface de Mars). Un exemplaire tombe bientôt dans les mains de Richard Hoagland, un chroniqueur qui avait justement assisté à la conférence de presse de la NASA (il couvrait alors la mission Viking pour le compte du magazine american way). Hoagland va se charger de populariser les travaux de DiPietro et Molenaar, tout en apportant sa pierre à l'édifice. Le mythe du visage peut commencer.

Au fur et à mesure de l'examen de nouvelles images, la fine équipe découvre bientôt d'autres structures étonnantes qui, selon eux, ne peuvent pas s'expliquer géologiquement. A l'ouest du visage, ils mettent à jour une véritable ville, constituée de plusieurs édifices géométriques qui entourent une place centrale, sur laquelle sont érigés quatre petits monuments. L'ensemble est rapidement baptisé la Cité (the City) et la place centrale l'esplanade (the City Square). A proximité de cette ville, une autre structure semble ceinturée par une épaisse muraille. A cause de son aspect, cette structure reçoit naturellement le nom de forteresse (the Fort). A l'est du visage s'étend aussi une étrange falaise isolée de 3 kilomètres de longueur (the Cliff). Un peu plus loin, une pyramide à trois côtés flanque tel un mirador la muraille d'un cratère d'impact. En portant le regard au sud de la falaise, les enquêteurs tombent sur une colline aux formes arrondies, le Dôme (the Tholus). Un coup d'œil plus approfondi révèle bientôt une sorte de rampe qui monte sur un versant pour conduire à un balcon circulaire ceinturant l'édifice.

Après l'interprétation photographique, l'équipe s'attelle à la dissection mathématique des anomalies de Cydonia. En mesurant tous les angles possibles entre les différents bâtiments, ils mettent à jour des constantes mathématiques universelles, comme le chiffre p (3,14), l'exponentielle e (2,72) et des racines carrées remarquables (Ö2 Ö3 Ö5).

Certains angles semblent également revenir constamment, comme l'angle 19,5°. Si l'on prolonge la Falaise jusqu'au sommet du Dôme de manière à obtenir une ligne droite, si l'on trace ensuite une autre ligne droite entre le sommet du Dôme et le "Mirador" du cratère, et si on mesure enfin l'angle entre ces deux lignes imaginaires, on obtient effectivement la valeur de 19,5°. Ce chiffre, en l'apparence banal, se retrouve un peu partout à l'intérieur du complexe de Cydonia.

Les chercheurs indépendants semblent véritablement obsédés par cette valeur d'angle. Selon eux, il s'agirait non pas d'une valeur quelconque, mais d'un angle très important dans la théorie mathématique énergético-synergique, qui prend pour unité de base le tétraèdre (une pyramide à quatre côtés dont chaque face est constituée par un triangle équilatéral). Lorsqu'un tel triangle est placé dans un cercle qui le circonscrit totalement (l'un des sommets touchant alors le pôle nord ou le pôle sud), les trois autres sommets se trouvent à la latitude de 19,5° (nord ou sud, selon le cas). Cette observation biscornue est apparemment d'une importance majeure pour la recherche d'anomalies extraterrestres sur les autres planètes, et les chercheurs indépendants vont frénétiquement chercher le motif du tétraèdre ou l'angle de 19,5° dans les structures de Cydonia. En effectuant d'autres corrélations mathématiques, ils découvriront aussi une représentation du système solaire cachée dans les alignements des artefacts.

Devant un tel faisceau de preuves, il n'est plus possible de nier l'évidence. L'érosion éolienne ou fluviale ne saurait rendre compte des reliefs à la beauté architecturale de Cydonia. Aucun évènement géologique ne peut placer des structures avec une telle précision mathématique. Là bas, nul mécanisme naturel n'a été à l'œuvre. Bâtis par une ancienne civilisation aujourd'hui disparue, les édifices de Cydonia sont tout simplement artificiels !

Le point de vue de la NASA

Pour la NASA, la théorie selon laquelle les structures de Cydonia seraient artificielles n'est rien d'autre qu'une élucubration d'illuminés. L'agence spatiale américaine va camper fermement sur ses positions et s'appuyer sur la première interprétation donnée pendant la conférence de presse, à savoir un jeu d'ombre et de lumière sur un monticule rocheux.

Les données concernant la région de Cydonia comprennent juste 18 clichés à basse ou moyenne résolution (de 43 mètres par pixel à 889 mètres par pixel), et pour les scientifiques, elles sont bien insuffisantes pour pouvoir conclure à une prétendue origine artificielle. D'après les géologues, les reliefs de Cydonia et les formes adoucies du visage peuvent très bien s'expliquer par l'érosion éolienne, l'érosion fluviale, ou une activité tectonique (tremblement martien). Les géologues rappellent que les reliefs familiers sont très courants à la surface des planètes du système solaire. Sur les photographies de la surface terrestre renvoyées par les satellites d'observation, il est habituel d'entrevoir des figures humaines ou animales.

Devant un paysage inconnu, l'œil humain excelle à repérer ce qu'il a déjà vu ailleurs. Tout le monde peut en faire l'expérience en s'allongeant sur une pelouse et en regardant les nuages défiler. Après cinq minutes, il n'est pas rare d'apercevoir une forme familière. Celle-ci apparaît nettement pendant quelques instants, puis disparaît progressivement tandis que les contours du nuage continuent à évoluer. Le phénomène qui consiste à voir des visages ou des formes familières sur des surfaces ou des objets est d'ailleurs bien connu en psychologie : il porte le nom de pareidolia.

La surface martienne n'échappe pas à cette règle et les hommes, à force de la scruter, y ont aperçu des figures terrestres. Des pyramides similaires à celles de la région de Cydonia ont par exemple été localisées dans les exutoires qui ferment à l'est le canyon de Valles Marineris ou dans la région d'Elysium Planitia. La sonde Mars Global Surveyor a mis récemment en évidence des reliefs amusants comme une dépression en forme de cœur ou un cratère souriant. La nature n'a aucun mal à sculpter des reliefs géométriques ou des formes qui paraîtront familières au cerveau humain (le monde minéral offre quelques beaux exemples). L'homme a simplement la sale manie d'interpréter l'inconnu selon ses propres valeurs et intérêts.

On nous cache quelque chose !

L'affaire aurait sans doute pu s'arrêter là si quelques scientifiques n'avaient pas tourné en dérision les inepties débitées par les fans du visage martien. Piqués au vif, ceux-ci commencent à se plaindre ouvertement de n'être pas pris au sérieux en dépit de la rigueur apparente de leurs travaux. Comme rien n'y fait, ils finissent par se retourner en désespoir de cause contre la NASA, dont l'honnêteté doit être mise en doute. Les scientifiques sont-ils seulement naïfs ou aveugles, ou cherchent-ils à cacher quelque chose ? Petit à petit, de nombreuses personnes vont se convaincre que le gouvernement cherche à masquer la vérité.

La thèse de la conspiration, un grand classique dans les histoires d'extraterrestre, donne du piment à l'affaire de Cydonia. Le combat d'un petit groupe de chercheurs indépendants, méprisés et discrédités, mais néanmoins prêt à tout pour faire éclater la vérité, contre la masse imposante et étouffante d'un gouvernement, va cristalliser les passions. Un étrange visage à la surface de Mars, des vestiges d'une ancienne civilisation extraterrestre disparue, un gouvernement qui nie la vérité, même Hollywood n'a jamais imaginé meilleur scénario.

Retour sur Cydonia

Après les sondes Viking en 1976, la NASA va attendre 15 ans avant de mettre sur les rails une nouvelle mission martienne. En 1992, la sonde Mars Observer prend son envol et s'élance vaillamment vers la planète rouge. Ce véritable monstre, doté d'une foule d'instruments scientifiques, doit révolutionner notre connaissance de la planète Mars, comme Viking l'a fait en son temps. Mais le 21 août 1993, alors qu'elle allait se placer en orbite autour de la planète rouge, Mars Observer disparaît sans laisser de trace. A la NASA, c'est la consternation, d'autant plus que les ingénieurs sont incapables d'expliquer le pourquoi de l'accident. Le rapport d'enquête qui sera publié après le drame dresse une liste impressionnante de 60 causes qui chacune peuvent expliquer la perte de Mars Observer.

Devinez quoi ? Pour certaines personnes, la perte de Mars Observer n'est pas due à un problème technique, et deux autres explications doivent être envisagées le plus sérieusement du monde. Premièrement, la sonde aurait très bien pu faire les frais de la défense anti-aérienne martienne, les martiens ayant largement eu le temps de s'entraîner depuis 1960, date des premières missions et des premiers échecs ! Mais une deuxième hypothèse, qui s'inscrit mieux dans le climat de paranoïa qui entoure le visage martien, commence à se répandre. Mars Observer aurait été volontairement détruite par la NASA. Alors qu'elle était très proche de la planète Mars, sa caméra haute résolution aurait découvert les preuves définitives de l'existence d'une civilisation extraterrestre. Après concertation, le gouvernement américain, paniqué par les conséquences que pourrait avoir l'annonce d'une telle découverte sur le public, décide de sacrifier Mars Observer malgré son coût exorbitant.

En 1960, un rapport préparé par l'Institut Brookings à Washington avait évalué les conséquences de la découverte d'une civilisation extraterrestre sur l'opinion publique. Parmi les choix auxquels pouvait être confronté un gouvernement, on trouvait la dissimulation pure et simple de la vérité pour éviter des soubresauts dévastateurs. Dans l'affaire du visage de Mars, la NASA avait très bien pu appliquer à la lettre cette recommandation ...

Bien entendu, l'hypothèse de la destruction volontaire de Mars Observer est aussi fragile que les analyses menées sur le visage de Mars. Si la NASA avait jugé l'image du visage compromettante, elle avait parfaitement les moyens de la garder secrète. De plus, le scoop de la découverte des ruines d'une ancienne civilisation sur Mars aurait pu lui valoir un financement substantiel de la part du Congrès américain. Pourquoi cacher la vérité, alors que des milliards étaient à la clé ? Enfin, on peut aussi se demander pourquoi la NASA s'est empressée de lancer une mission de rechange quelques années après la disparition de Mars Observer.

En 1996, Mars Global Surveyor s'élance effectivement sur les traces de Mars Observer, avec une partie des instruments de cette dernière. Une année plus tard, la sonde se place correctement en orbite autour de la planète rouge, au grand soulagement des scientifiques. Mais les admirateurs des petits hommes verts n'ont pas lâché prise. Ils sont toujours bien décidés à se faire entendre et ils vont trouver  bien vite un nouveau prétexte pour protester contre les agissements inacceptables de la NASA.

Nous l'avons vu, parmi la communauté scientifique, personne ne doute que le visage soit autre chose qu'une formation naturelle. Personne ne conteste non plus que la découverte d'un artefact extraterrestre sur Mars serait d'une importance capitale pour l'Humanité mais malgré tout, les preuves sur Cydonia sont jugées trop maigres pour justifier le coût d'une mission d'exploration, robotique ou habitée.

Cette conclusion offusque les fans du visage. Pour certains, cette construction forcément artificielle est la preuve définitive que les ovnis et les petits hommes verts existent bel et bien. L'exploration du complexe de Cydonia devrait en toute logique devenir la priorité n°1 du programme martien américain de la NASA. Maintenant qu'une sonde spatiale est de nouveau en orbite autour de la planète rouge, le secteur de Cydonia doit impérativement être observé.

Les règles du jeu ont cependant changé entre la mission Viking et la mission Mars Global Surveyor, et les fans du visage vont être confrontés à un obstacle inattendu. Au temps des Viking, les images étaient immédiatement mises à la disposition du public (sans Internet, la consultation était cependant moins aisée qu'aujourd'hui). Pour Mars Global Surveyor, la construction de la caméra haute résolution (MOC) a été confiée à un entrepreneur qui a reçu toute autorité sur son instrument et les données qu'il produira. Celui-ci peut conserver les images pendant une période de six mois avant de les rendre publique, une disposition légale qui, d'après les fans du visage, lui permettrait d'escamoter facilement un cliché compromettant.

Cette histoire de délai dans la publication des données n'est guère plaisante pour nos chercheurs indépendants, mais il y a pire. Les images à haute résolution prennent beaucoup de place et la sonde ne peut en transmettre qu'un nombre limité à la Terre. Devant les restrictions imposées par la technique, seule une partie de la surface martienne pourra être examinée à haute résolution, ce qui signifie qu'une liste de cibles prioritaires devra être établie.

L'entrepreneur de la caméra n'est autre que Michael Malin. Malin est désormais célèbre puisque son instrument a permis à la sonde Mars Global Surveyor d'engranger quelques jolies découvertes (dont la moindre n'est pas l'observation de traces d'écoulements liquides récents à la surface de Mars). Cette situation était facilement prévisible. Conformément à ses prérogatives, Michael Malin s'est bien gardé de distribuer immédiatement les clichés de sa caméra à la communauté scientifique. En se réservant les meilleures images et en ne laissant aux autres que quelques miettes, il était pratiquement certain de réaliser des découvertes majeures. D'un autre côté, Malin s'est battu comme un diable pour faire accepter sa caméra. Après la mission Viking, de nombreux scientifiques étaient convaincus que la reconnaissance photographique de la planète Mars était terminée et que des images à haute résolution n'apporteraient rien de nouveau. Mais revenons à nos moutons.

Michael Malin était bien décidé à tirer le maximum de son instrument et pour lui, il était hors de question de gâcher de la pellicule numérique. Fermement opposé à l'hypothèse artificielle du visage, il estime que la photographie à haute résolution des formations de Cydonia est tout à fait secondaire, sans compter qu'il n'est pas évident techniquement de cadrer parfaitement des reliefs aussi petits. Les aficionados du visage sont enragés : non seulement le visage risque de ne pas être photographié, mais si bien même des photographies sont prises, celles-ci ne seront pas rendues publiques. Les chasseurs de martiens adressent alors plusieurs requêtes à la NASA pour la contraindre de mettre fin à la tyrannie de Malin !

Sans doute excédée par ces récriminations et pour calmer les esprits, la NASA décide de se plier aux exigences des fans du visage. Elle annonce que le secteur de Cydonia sera photographié à haute résolution dès que l'occasion se présentera et que les images seront immédiatement rendues publiques.

L'instant magique a lieu le 5 avril 1998, lorsque, 20 ans après les sondes Viking, Mars Global Surveyor survole à nouveau le visage. La NASA va jouer la transparence absolue et les images sont à peine reçues sous la forme de bits par les antennes du Deep Space Network qu'elles sont mises en ligne sur Internet. Comme d'habitude, les clichés ont été retraités pour être présentables, mais pour les septiques, les images brutes non retouchées sont également disponibles. Le premier passage permet à Mars Global Surveyor de recueillir une image du visage. Un simple coup d'œil sur le cliché et le verdict est sans appel : à haute résolution, le visage de Mars a disparu et a laissé la place à une vieille colline érodée. Ce n'était finalement qu'une formation naturelle, comme les autres structures.

Deux passages supplémentaires permettront d'observer la Cité (14 avril 1998) et l'esplanade (23 avril 1998). Un coin de la pyramide D&M serait également visible sur les images de 1998. L'année suivante sera aussi l'occasion pour Mars Global Surveyor d'imager le Dôme (juillet 1999) et la Forteresse (août et novembre 1999). A chaque fois les images ne montrent rien d'autre que des buttes et des collines érodées et aucune anomalie ne vient pointer le bout de son nez. L'image la plus précise du visage sera prise par Mars Global Surveyor le 8 avril 2001, la falaise (Cliff) étant aussi immortalisée pour l'occasion. Une année plus tard, la sonde Mars Odyssey prendra à son tour une image du visage dans le domaine du visible et de l'infrarouge, grâce à sa caméra THEMIS. En juillet 2006, la sonde européenne Mars Express a transmis à son tour de spectaculaires images couleurs en 3D du visage de Mars, après plusieurs essais infructueux dès avril 2004.

De l'acharnement ...

A l'époque, j'avais naïvement pensé que les nouvelles images de Mars Global Surveyor allait rapidement conduire à la clôture de ce dossier déjà suffisamment sulfureux. Mais plutôt que d'admettre leur égarement, voici que les pseudo-scientifiques se jettent sur les nouveaux clichés avec l'énergie que confère le désespoir (la survie d'un petit commerce juteux est un jeu, comme nous allons le voir par la suite). Le visage semble effectivement naturel, mais rien n'est encore joué !

Les pseudo-chercheurs commencent par mettre en doute la qualité des images brutes et les conditions de prises de vue. En 1976, l'orbiteur Viking avait survolé le visage par un bel après midi d'été et les ombres étaient bien marquées. Mars Global Surveyor a photographié le visage dans des conditions bien moins propices. La prise de vue de 1998 a eu lieu en hiver et en fin de matinée, ce qui a eu plusieurs conséquences fâcheuses : les ombres au sol n'étaient pas marquées, la lumière se réfléchissait par endroit sur des plaques de givre et, pour couronner le tout, la région était aussi recouverte par une fine couche de brune qui a masqué certains détails. De plus, alors que pour Viking la prise de vue s'était effectuée presque à la verticale, Mars Global Surveyor n'est pas passé exactement à l'aplomb du visage. La sonde est passée à côté du visage et a du basculer de 45° pour le placer dans le champ de la caméra. Résultat, le visage a été photographié en oblique.

Les arguments que nous venons de citer ont été rappelés plusieurs fois par les experts du visage, sans doute pour avertir la NASA que les images de Mars Global Surveyor n'allaient pas pouvoir se prêter à une analyse aussi rigoureuse que celle effectuée sur les clichés Viking. Bizarrement, le gain énorme obtenu en résolution n'est presque jamais mentionné ...

Les nouvelles images ont bien entendu ensuite été passées à la moulinette informatique, l'excitant exercice de l'analyse d'image étant facilité par le boom de la microinformatique. D'après les pseudo-chercheurs, une étude détaillée du visage montrerait une forte symétrie latérale ainsi que des éléments anatomiques nouveaux comme des lèvres et des narines positionnés le long de l'axe central de symétrie. La présence de structures linéaires au niveau de la tête (coupe de cheveux ?) serait également confirmée par MGS.

Enfin, les investigateurs notent que le relief correspondant au visage est très érodé et très vieux et que dans ces conditions, il est particulièrement difficile de faire la distinction entre une formation naturelle et des ruines d'un ancien édifice ! Même s'ils reconnaissent qu'il aurait été préférable de mettre à jour des routes bien droites et des bâtiments rectangulaires dans le secteur de Cydonia, les investigateurs ne se démontent pas et considèrent que tout jugement est prématuré. Malgré ce que pourrait laisser croire les nouvelles images de Mars Global Surveyor, les preuves sont insuffisantes pour écarter définitivement l'hypothèse extraterrestre. Certaines anomalies restent inexpliquées, et seuls des fouilles archéologiques effectuées sur place permettraient de trancher.

... au ridicule

Même s'ils affichent une certaine perplexité, voire une déception devant les clichés de Mars Global Surveyor, les soi-disant experts refusent de considérer le dossier comme clôt en invoquant une certaine prudence. Mais tout le monde n'est cependant pas dans cet état d'esprit. Après quelques zooms à la limite du tolérable, Richard Hoagland n'hésite pas à clamer que les clichés viennent au contraire confirmer brillamment le caractère artificiel des anomalies de Cydonia ! Un cliché fortement agrandi (c'est un euphémisme) permet par exemple d'apercevoir des chambres à l'intérieur de l'un des bâtiments de la Cité. On découvre aussi des quartiers résidentiels semblables aux banlieues des grandes villes américaines, des pyramides de verre et de nombreuses autres preuves d'une activité extraterrestre dans la région.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Après tout, si des extraterrestres ont colonisé Mars, ils ont du ériger d'autres structures sur le reste de la planète, et l'on voit mal pourquoi ils se seraient cantonnés à la région de Cydonia, qui n'est d'ailleurs pas des plus accueillantes. Sur des clichés Viking, des individus avaient déjà découvert des sortes de tubes, juste de l'autre coté de la planète, à l'opposé de la région de Cydonia. Il suffirait donc de chercher un peu pour trouver d'autres artefacts.

Mais depuis Viking, les ufologues martiens n'avaient rien eu à se mettre sous la dent. L'arrivée des sondes Mars Global Surveyor et Pathfinder est donc vue d'un très bon oeil. Après une période de vache maigre, du matériau brut va de nouveau couler en abondance et les recherches vont pouvoir reprendre. Les images de la surface martienne prises par la sonde Pathfinder en 1997 sont disponibles sur Internet ? Pourquoi ne pas les examiner avec attention ?

Vous devinez sans peine la suite. Les extraterrestres ont aussi construit des trucs dans Ares Vallis. C'est sans aucune honte qu'un obscur individu vous explique que les deux collines jumelles (les Twink Peaks) sont forcément artificielles. Après avoir prouvé dans un simulacre de démonstration que les traditionnels mécanismes géologiques ne peuvent pas être responsables de l'aspect singulier de ces deux petites montagnes, le petit génie applique à la lettre la théorie philosophique du rasoir d'Ockam, qui stipule que l'explication la plus simple doit toujours être privilégiée. Bien entendu, dans le cas qui nous intéresse, l'explication la plus simple est de considérer que les collines sont artificielles : ce serait tout simplement le sommet de deux pyramides enfouies sous des tonnes de sédiments !

Nous avons vu précédemment que les chercheurs indépendants accordent une grande importance à la figure géométrique tétraédrique et à l'angle de 19,5°, importance qui tourne facilement à l'obsession. Savez-vous pourquoi la sonde Pathfinder a atterri dans le secteur d'Ares Vallis en juillet 1997 ? Si vous posez cette question à des géologues, ils vous répondront que le site était prometteur d'un point de vue scientifique. Les ingénieurs rétorqueront quant à eux qu'Ares Vallis était un site compatible avec de nombreuses contraintes techniques, et qu'il était assez sûr pour un atterrissage (pour plus d'informations sur la sélection des sites d'atterrissage, consultez le dossier correspondant). Hoagland et ses amis ont cependant une autre explication : Pathfinder était en fait un accusé de réception envoyé par la NASA en réponse aux énigmes géométriques de Cydonia ! La sonde avait effectivement une forme tétraédrique (avec ses panneaux solaires triangulaires équilatéraux), et son site d'atterrissage est situé vers 19,5° de latitude (en arrondissant, ce que les chercheurs indépendants savent parfaitement faire quand cela les arrange). Poser un objet tétraédrique à une latitude aussi caractéristique ne pouvait être qu'un acte délibéré !

En analysant les images renvoyées par Pathfinder et Sojourner grâce à des algorithmes à la pointe de la technique (rien de tel qu'un programme d'amélioration fractal pour se donner une contenance n'est ce pas Richard ?), Hoagland découvre aussi que le lit d'Ares Vallis est littéralement jonché d'objets artificiels dont la nature ne fait aucun doute : il ne s'agit ni plus ni moins que de matériel de guerre nazi (tanks, tourelles défensives, symboles SS et autres objets macabres) et d'artefacts extraterrestres (gyroscope, dispositif anti-gravité) que la NASA aurait maladroitement essayé d'effacer sur les images officielles. Ce n'est pas les lecteurs assidus des groupes de discussion Internet qui me contrediront si j'annonce que Richard Hoagland a bien mérité son point Godwin (sur les newgroups, une discussion qui tombe sous le coup de la loi Godwin est logiquement close, mais je doute fort que Hoagland soit d'avis de stopper ces élucubrations) !

Au mois d'avril 2000, la NASA rend publique une impressionnante collection de 25000 images capturées par la sonde Mars Global Surveyor entre septembre 1997 et août 1999 (les fameuses images que Malin avait jalousement gardé pour lui). Cette collection est mise à jour régulièrement et au mois d'octobre 2002, elle comptait quelque 112218 clichés ! Une véritable manne pour les passionnés de la planète rouge, et un trésor inestimable pour les chasseurs de civilisations martiennes, qui peuvent ainsi continuer la fouille par images orbitales interposées. Toutes les images sont donc passées au crible, et chaque anomalie est immédiatement notée, commentée, analysée ... Notons qu'Internet joue ici un rôle prépondérant. Le réseau offre non seulement un accès d'une facilité déconcertante aux images, mais il sert également à diffuser auprès du plus grand nombre les dernières découvertes d'anomalies, par le biais de forums ou de sites personnels.

En examinant les clichés à haute résolution de la surface martienne, les infatigables chercheurs dénichent bientôt d'innombrables anomalies : des traces rectilignes et régulières à la surface de Mars, probablement laissées par le passage de véhicules miniers, des verrières dans le fond d'un cratère d'impact, des taches brillantes au-dessus de la surface martienne, immédiatement interprétées comme des soucoupes volantes évoluant seule ou en formation, des vaisseaux écrasés au sol, dont la superstructure tordue émerge des sables, d'autres engins spatiaux plus chanceux, garés sur des hauts plateaux, ou encore d'antiques citadelles, châteaux ou usines qui laissent apparaître par endroit, à l'occasion de perforations, leur agencement interne ...

A chaque fois que les scientifiques annoncent qu'une formation géologique les laisse perplexe, les experts du visage ont une explication toute prête. Le plancher de Valles Marineris est occupé par des formations difficiles à interpréter d'un point de vue géologique ? La réponse est tout simple ! Il s'agit d'un réseau de tubes de plexiglas que les extraterrestres utilisaient pour se balader à la surface de Mars ! Les géologues découvrent des traces d'écoulement liquides ayant eu lieu dans un passé relativement récent ? Inutile de se creuser la tête pour tenter d'expliquer la présence d'eau liquide dans un sous-sol en permanence frigorifié. Il s'agit d'anciens pipelines qui ont explosé sous le gel !

Ces recherches indépendantes ont connu un nouveau souffle avec l'arrivée en 2002 des clichés infrarouges obtenus par l'instrument THEMIS de la sonde Mars Odyssey (pour rechercher des extraterrestres à la surface des planètes, quoi de mieux effectivement que la vision nocturne ?). Les investigateurs n'hésitent plus non plus à faire valoir leurs droits de citoyens américains pour avoir accès aux images originales dès qu'ils suspectent une quelconque réticence de la NASA à les rendre publique. L'une de leurs dernières trouvailles consiste à trafiquer une image (de manière à y faire apparaître des artefacts), avant de clamer à qui veut l'entendre que le cliché est l'image originale, et que les photographies publiées sur Internet sont des faux forgés par la NASA. Il ne reste plus qu'à inventer une petite histoire pour expliquer l'apparition quasi miraculeuse de l'image "originale" (en général envoyée par un agent double travaillant au cœur même de la NASA et assailli de scrupules), et le tour est joué : l'affaire devient assez excitante pour alerter quelques médias en manque de sensation, et les faussaires peuvent continuer à vendre des livres et autres cassettes...

L'une des images ayant eu le plus d'impact jusqu'à aujourd'hui est probablement celle capturée par la sonde Mars Global Surveyor le 21 mai 1999 dans les hautes latitudes de l'hémisphère nord (263° W de longitude et 79°N de latitude). Dénommé M01-02950, le cliché montre une surface martienne ponctuée de petites pyramides noires. Les premières analyses effectuées par un groupe de recherche indépendant ont révélé de nombreux alignements : certaines pyramides sont disposées en ligne droite, d'autres sont situées sur des arcs de cercle. Ces alignements n'ont rien de bien convaincants : vu le nombre d'objets, il est tout à fait naturel statistiquement parlant de trouver des figures d'alignements. Ce qui est plus intrigant, c'est que toutes les pyramides semblent posséder une forme et une taille similaire. L'artificialité de ces structures sautant aux yeux, les chercheurs indépendants n'ont pas mis longtemps à proposer une solution : ces pyramides seraient en fait de larges monolithes noirs (oui oui, les mêmes que ceux du célèbre film 2001 l'Odyssée de l'espace) enfichés dans la surface glacée de Mars, et dont seule la partie supérieure dépasserait !

Une image de Mars Global Surveyor montrant une sorte de tunnel vitré soutenu par des rangées d'arceaux a également déclenché bien des passions, et a même retenu l'attention d'Arthur C Clarke. Bien loin d'être un boulevard d'une ancienne cité martienne ou un ver des sables, le prétendu cylindre n'était qu'une vallée obstruée par des dunes de sable (qui formaient les fameux arceaux), observée sous une éclairage particulier.

Les ufologues du monde entier s'en sont également donnés à coeur joie avec les deux rovers américains Spirit et Opportunity. Après leur atterrissage respectifs dans le cratère d'impact Gusev et la plaine de Terra Meridiani, les deux robots mobiles ont inondé la Terre sous des flots d'images, qui étaient rendues publiques sur Internet presque immédiatement après leur transmission. Ces images ont été scrutées par des centaines d'internautes passionnés par la recherche d'éléments étranges ou anormaux.

Parmi tous les trouvailles, le lapin d'Opportunity s'est taillé la part du lion, et a bénéficié d'une belle médiatisation. Ce petit objet jaunâtre de 4 à 5 centimètres de long, rappelant furieusement la tête d'un lapin avec ses deux oreilles, est apparu sur les premières images transmises par le rover Opportunity après son atterrissage dans un petit cratère de Terra Meridiani. La nature du rongeur d'Opportunity déclencha immédiatement des débats passionnés au sein du public, qui touchèrent à l'hystérie lors de sa disparition pure et simple quelques jours plus tard. L'événement ravi les adeptes de complot en tout genre, qui trouvèrent là de quoi alimenter leur paranoïa. Certains n'hésitèrent pas à affirmer que la pauvre bestiole avait fini écrasée sous les roues du rover (le robot s'y étant repris à deux fois, pour être sur de ne pas louper son coup !). Les ingénieurs de la NASA parvinrent cependant à retrouver la trace du lapin : manifestement apeuré, ce dernier s'était réfugié sous l'un des pétales de l'atterrisseur. L'analyse spectrométrique effectuée grâce à la caméra panoramique PanCam montra que l'étrange animal n'était en réalité qu'un fragment détaché de l'atterrisseur, vraisemblablement un morceau d'airbag, voltigeant au gré des vents dans le cratère Eagle.

Sur l'une des images obtenues par la caméra microscopique d'Opportunity, des paléontologues en herbe découvrirent également une structure fossile, qui fut hâtivement assimilée à un fragment de crinoïde (un animal appartenant à la même famille que les oursins, possédant un squelette calcaire et ressemblant à s'y méprendre à une fleur). Les images suivantes montrèrent que le soi-disant fossile avait été victime de la meule d'Opportunity. Pour les ufologues, il n'y avait plus aucun doute à avoir : le pauvre crinoïde avait été intentionnellement réduit en poussière par une NASA désireuse d'étouffer l'affaire ! L'existence sur Mars de restes fossiles d'organismes multicellulaires est très improbable, mais pas totalement impossible, et il s'agit même de l'hypothèse la plus intelligente jamais défendue par les ufologues. Pourtant, aussi séduisant soit-il pour l'esprit, ce scénario se heurte à un problème majeur.

Sur Terre, il s'est écoulé pas moins de 2 milliards d'années entre le moment ou les cellules eucaryotes (une version améliorée de la cellule bactérienne) sont apparues et le moment ou elles se sont organisées pour donner naissance à des organismes multicellulaires (plantes, animaux) suffisamment volumineux pour laisser des traces visibles dans les roches. Les paléontologues ne comprennent toujours pas l'origine de cette longue pause dans l'évolution, mais il est possible qu'elle soit liée au niveau d'oxygène dans l'atmosphère. Si ce gaz a pu être émis très tôt par des organismes photosynthétiques, son passage dans l'atmosphère a été fortement retardé (l'oxygène a effectivement du réagir avec le fer dissous dans les océans, puis avec les roches de surface, avant de pouvoir s'accumuler sous une forme libre, disponible pour les cellules, dans l'air). Il est donc possible que les cellules eucaryotes aient du attendre l'apparition d'une concentration suffisante en oxygène dans l'atmosphère pour pouvoir former des communautés.

Si l'on admet que la vie martienne a suivi un chemin parallèle à celui de la vie terrestre, alors les organismes multicellulaires martiens ont du apparaître un à deux milliards d'années après les premières cellules évoluées. Or, si les conditions sur la jeune Mars étaient vraisemblablement clémentes, elles se sont très vite dégradées. Les cellules ont été frappées de plein fouet dans leur élan vital. Elles ont disparu, sans avoir le temps de connaître une atmosphère oxygénée, qui leur aurait permis de s'émanciper et de former des êtres pluricellulaires. A moins de considérer que sur Mars, les cellules ont immédiatement sauté le pas en formant tout de suite des organismes multicellulaires, les chances de découvrir des fossiles comme tout ceux que les enfants ramassent sur Terre sont pratiquement et certainement nulles. Si des fossiles existent sur Mars, ce sont des fossiles similaires à ceux qui existent dans les roches précambriennes terrestres, c'est à dire les roches formées avant 550 millions d'années (date de l'apparition de la vie "visible") : des petites sphères ou des petits bâtonnets microscopiques, qu'Opportunity, malgré sa caméra microscopique, ne pourrait pas voir ...

En observant avec attention les images ramenées par les deux robots, d'autres personnes ont également observé non pas des fossiles, mais des lettres gravées sur des roches. L'affaire n'est pas nouvelle, la lettre B ayant déjà été aperçue sur des images transmises par les sondes Viking il y a plus de 20 ans. A l'époque, Carl Sagan avait rappelé avec humour qu'il était très improbable que les martiens utilisent le même alphabet que les occidentaux ! Ce qui n'empêche pas certaines personnes de continuer à voir aujourd'hui des lettres sur des rochers martiens ...

Ces exemples plus ou moins pitoyables montrent bien le niveau des investigations qui sont menées par les "scientifiques" indépendants. Cette débauche de stupidité nous conduit immanquablement à une réflexion sur les véritables motivations des promoteurs du visage et de son cortège d'anomalies. Ceux qui défendent corps et âme la thèse artificielle des formations de Cydonia sont-ils juste de joyeux dingues, intimement persuadés que Mars a été colonisé dans un lointain passé par des intelligences extraterrestres, ou s'agit-il plutôt d'habiles commerciaux qui ont mis la main sur un filon prometteur dont il s'agit de tirer le maximum ? Revenons un peu en arrière pour cerner les individus et faire connaissance avec les principaux protagonistes.

Naissance d'une escroquerie

Après les premières révélations cydoniesques de DiPietro et Molenaar, des individus qui se présentent eux-mêmes comme des chercheurs indépendants hautement qualifiés décident de s'attaquer au problème du visage. Pour acquérir plus de poids, certains forment des groupes ou mettent sur pied des organismes officiels comme la  "Society for Planetary SETI Research" (à ne surtout pas confondre avec le SETI Institute). La plupart du temps, ces sociétés ou instituts ne sont qu'une vulgaire façade derrière laquelle s'abrite une petite foule de charlatans.

Ces enquêteurs publient d'année en année des soi-disant rapports officiels, accompagnés d'ouvrages de vulgarisation à destination du grand-public. Sur plusieurs centaines de pages s'étalent des résultats scientifiques, acquis le plus souvent avec un double décimètre et un rapporteur acheté au supermarché du coin. Les travaux se résument facilement. Après avoir prouvé par différentes méthodes l'aspect familier des reliefs observés sur les clichés à faible résolution des sondes Viking, après avoir appliqué cette bêtise qu'est la numérologie aux formations de Cydonia et rejeté en masse toutes les explications géologiques, les auteurs se rabattent joyeusement sur l'hypothèse extraterrestre. Malgré des titres et une couverture souvent pompeuse, ces livres ne sont qu'une montagne de spéculations toutes plus invraisemblables les unes que les autres, noyée dans un charabia scientifique.

La première analyse "rigoureuse" et "scientifique" des artefacts de Cydonia, signée par un certain Mark Carlotto, serait parue dans la revue "the Journal of Applied Optics" en 1988. Dans son papier, Carlotto réfute déjà clairement la thèse officielle du JPL, qui présente le visage comme une illusion d'optique due à un jeu d'ombre et de lumière. Dans la littérature américaine, le nom de Mark Carlotto est toujours précédé du préfixe Dr, qui signifie docteur. Pour la plupart des gens, un docteur est forcément une personne respectable, dont les dires ne peuvent être mis en doute. Les charlatans du visage de Cydonia vont énormément utiliser le titre de Carlotto pour donner une aura de respectabilité à leurs travaux.

Le deuxième document de référence est le tristement célèbre rapport McDaniel, une compilation de toutes les études indépendantes menées sur les constructions extraterrestres de la région de Cydonia. Le document a des allures de rapport officiel et son auteur est un honorable professeur de philosophie dans une université californienne. Encore une fois, tout est réuni pour mettre en confiance un éventuel lecteur.

Mc Daniel nous explique pourquoi les conclusions des chercheurs indépendants doivent absolument être prises au sérieux. Selon lui (et bien d'autres), la NASA ne s'est jamais penchée sérieusement sur les anomalies de la région de Cydonia. Sur l'affaire du visage, l'agence spatiale américaine aurait fait preuve d'une mauvaise foi évidente en faisant croire à tout le monde que la question avait été réglée, un consensus scientifique ayant décrété le visage naturel. Parce qu'ils pouvaient facilement risquer leur carrière pour avoir oser s'aventurer dans le domaine de la recherche des intelligences extraterrestres ou parce que l'hypothèse artificielle était tellement saugrenue qu'elle ne valait même pas la peine d'être prise en compte, les scientifiques ne se seraient jamais attaqués correctement au problème. Muselée par des idées préconçues ou la peur du ridicule, la NASA n'aurait donc jamais évalué selon un processus scientifique rigoureux les formations de Cydonia.

Pour Mc Daniel, l'agence spatiale américaine aurait aussi fait preuve d'un amateurisme condamnable. La NASA aurait par exemple officiellement annoncé l'existence de photographies venant infirmer l'hypothèse extra-terrestre, sans être capable de produire par la suite ces documents. Pour résumer, la NASA n'a pas à faire de commentaires sur le visage, car elle ne l'a pas

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